La déclaration des droits de l'homme: un lapsus (3e partie)
Babeuf n’a jamais renié 1789 et ses DH en particulier, il n’a jamais invoqué, contre eux, lui, l’insuffisance pratique de leur application. Il a au contraire protesté contre leur trahison ; en particulier contre la distinction « citoyens actifs »-« citoyens passifs » -« citoyens éligibles » par la constitution de 1791.
Rappel : dès le printemps 1789, il avait été empêché de participer à la rédaction des cahiers de doléances de sa commune de Roye.
Après Thermidor, la Convention jouera régulièrement la loi martiale et la répression militaire contre la réclamation (par les sections) de la mise en œuvre de la constitution de l’an I. (insurrection du 12 germinal an III, celle de Prairial, jusqu’à ce que la constitution de l’an III (22 août 1795) soit imposée par l’Assemblée cette même Convention qui avait, deux mois plus tôt, sous la pression de l’émeute de la faim, voté la mise en application de celle de l’an I).
Lorsqu’il plaide pour une égalité réelle (celle qui est de fait, de nature selon lui), Babeuf lorsqu’il dénonce l’interprétation du droit de pté comme « la faculté illimitée de disposer à son gré, ie comme la loi du plus fort », il attaque sans la nommer la Déclaration des droits de l’homme de 1793 <dont pourtant il demande l’application pour son affirmation d’un droit au bonheur> : c’est donc bien indirectement à celle de 1789 qu’il fait référence.
Nota : d’ailleurs, la Constitution de 1791 est en elle-même significative d’un retour autoritaire sur lapsus plus ou moins « libertaire ». Car les pouvoirs accordés à Louis XVI, dès le début de la Révolution, ont été très étendus « jamais monarque, écrit même Dubreuil, n’aurait exercé une autorité plus considérable que celle que la Constitution de 1791 reconnaissait au roi Louis XVI. »
-C’est la situation de répression de la « bourde/lapsus » de 1789 que restitue assez bien G. Babeuf. « Dès 89 (sic), nous en étions au point <que la révolte des pauvres contre les riches était d’une nécessité que rien ne pouvait vaincre> ; et c’est pour cela qu’a éclaté alors la Révolution. Nous avons démontré que depuis 89 (sic), et singulièrement depuis 94 et 95, l’agglomération des calamités et de l’oppression publiques avait singulièrement rendu plus urgent l’ébranlement majestueux du Peuple contre ses spoliateurs et ses oppresseurs »
La situation de refoulement persiste en 1795 où le pouvoir, à travers sa répression de 1793, continue et prolonge la mise sous le boisseau de 1789. Et de citer un témoin anglais <sir Jenkinson, MP> selon lequel « en France, en 1793, on déclarait que tous les hommes étaient égaux ; que la population, non la propriété, était la seule base de la représentation ; que l’insurrection était un devoir sacré (...) Mais quelle est, d’un autre côté, l’opinion de la France en 1795 ? La propriété a été déclarée la base de la représentation, et tous ceux qui ne paient pas une contribution directe, sont exclus du droit de suffrage. De plus, le gouvernement qui va être établi est mixte ; la législature sera divisée et une espèce d’ARISTOCRATIE va y être introduite. »
Voilà qui juge donc <commente Babeuf>, par un témoin irrécusable, la nature de notre gouvernement.Les Français ont fait la Révolution pour secouer le joug insupportable de l’aristocratie, et la révolution se termine par leur rendre l’aristocratie ».
L’attitude de la « révolution » et des révolutionnaires à l’égard de l’esclavage a obéi à la même logique : Toussaint Louverture se réclamera des « droits » de 1789 contre les sanglantes valses hésitations du colonisateur.
-Babeuf : ce qui « leur fait appeler révolution la contre-révolution » (après Thermidor).
Lapsus & nov langue, & manipulation langagière
N.B. « leur », ce sont les « révolutionnaires », ceux qui passent pour.
- Rappel : la Convention pouvait prendre des décrets annulant des jugements ! <beau recul par rapport à la séparation des pouvoirs de la Déclaration !..>
- C’est à l’automne 1789 que F. Furet aussi bien que K. M. Baker ou I. Wolloch situent l’abandon des DH qui-àTerreur.
Mais ils n’en font pas moins remonter ce choix à Rousseau, Mably et à l’opposition parlementaire. Autrement dit, (=/ bibi) pas à une réaction-remords , à un réflexe défensif contre le « mouvement social » et la Déclaration, qui serait présent dès l’été 1789.
R . Chartier leur reproche de penser la Révolution comme l’ont pensée ses acteurs (bibi : OK).
- Généralement, ce qui rend difficile la perception du remords sur lapsus, c’est le lieu commun selon lequel l’action est toujours précédée de la réflexion, que l’action « révolutionnaire » s’est produite par référence à la pensée critique des « philosophes » : ce qui tend à minorer exagérément la production directe et sui generis du mouvement social (89) par le désordre établi de l’Ancien Régime.
Le « passage » par les philosophes ressemble souvent à une rationalisation a posteriori. Qui rompt avec logique de la référence. (Terreur comme totalitarisme, comme résultat d’une totalitarisation ßànon référence voir « NON-REFERENCE »).
Ainsi, R. Chartier estime-t-il que l’opinion anti monarchique a largement précédé la littérature philosophique : ce sont les textes qui organisent eux-mêmes la pluralité de leurs possibles compréhensions », ils ne les créent pas ex nihilo. Ils dépendent de l’horizon d’attente » que cette littérature rencontre.
- Sur le fossé qui est à l’origine du dérapage entre ceux qui ont prêché les changements & l’éruption de 1789 voir définition du peuple comme « populace » (Condorcet) « multitude aveugle et bruyante » (d’Alembert) dictionnaires de Furetière, de Trévoux : « remuant, ayant coutume de haïr en autrui les mêmes qualités qu’il y admire » (Voiture).
Définition radicalement anti démocratique : « L’Encyclopédie manifeste la prégnance d’une représentation qui tient pour incompatibles (sic) les dures exigences de la condition populaire et la participation à la conduite raisonnée du gouvernement ».
- Avant 1789, l’« opinion publique » n’est éclairée et universelle que dans les souhaits d’une élite qui se sait et se dit telle, et qui s’y identifie : c’est une espèce de proclamation d’universel qui se sait minorité d’élite.
Ce flottement, cette quasi duplicité contradictoire, voire douloureuse est à la source de la déception angoissée qui se répand dans les milieux révolutionnaires à partir de 1789. Avant de mourir, lorsqu’il rédigera son Esquisse d’un tableau historique..., Condorcet n’en sera pas encore sorti.
Le « public » demeure un certain nombre, pas le peuple, pas « tout un chacun » (Bibi) ; certes, ce n’est plus l’autorité venue d’en haut, c’est très précisément l’élite. Chartier le souligne très clairement en matière de critique d’art : « A partir de 1737, quand le Salon devient une institution régulière et fort fréquentée, son existence même transfère la légitimité de l’appréciation esthétique des milieux restreints qui jusque-là en revendiquaient le monopole (l’Académie royale de peinture et sculpture, les commanditaires aristocratiques et ecclésiastiques, les collectionneurs et les marchands) vers le public mêlé et nombreux qui juge les tableaux accrochés au mur du Salon carré du Louvre (...) La notion d’opinion publique (...) fonde l’autorité de tous ceux qui, en affirmant ne reconnaître que ces décrets, par e geste même, se posent comme mandatés pour énoncer ses jugements (t...)les hommes de lettres ont pu devenir « les principaux hommes politiques du pays » (Tocqueville) », parce que « universel en son essence, le public capable de faire usage critique de sa raison ne l’est pas en sa composition effective». Ainsi se trouve défini avec oprécision, sous le nom d’élite, ce qui sera l’opposition révolutionnaire a »droits » de l’homme surgis en 1789.
Thèse de George V. Taylor : le manifeste initial de la Révolution, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, était peut-être l’assemblage d’un certain nombre de notions rendues familières par la philosophie des lumières, mais ce document dans son ensemble ne pouvait en aucun cas passer pour le produit des Lumières.
Les DH ne sont pas du côté des « Lumières » : adversaire déterminé des « droits » de 1789, Nietzsche n’en était pas moins un admirateur des Lumières est de la philosophie du 18e siècle. Toutes choses égales, Marx aussi.
<Pour Cobban, la Révolution était une réaction contre ce qu’avaient incarné les penseurs du 18e siècle (la Révolution ou 1789 ?)>. C’était, assurait Taylor, le produit de la crise politique qui secouait la France ; et par ailleurs, il ne reflétait pas le moins du monde la teneur générale des cahiers de doléances <contrairement à ce qu’affirmait Tocqueville, les cahiers de la noblesse dénotaient simultanément une grande hostilité à l’Ancien Régime (la noblesse et la bourgeoisie ayant pratiquement fusionné dès cette époque, en « notables » propriétaires).
- Il faut aussi tenir compte de ce que les cahiers de doléances étaient très faiblement inspirés par la littérature philosophique (tournée d’ailleurs contre le pouvoir monarchique, l’Eglise, etc ; peu ou prou contre l’Etat ; au moment où sur le terrain, dans les campagnes, depuis le début du 18e siècle, l’adversaire, ce sont les exactions, confiscations commises par les élites locales pénétrées de libéralisme économique, de la logique capitaliste. L’étendue du malentendu, du lapsus se mesure aussi à ce que, d’ailleurs, les tenants de la littérature philosophique –Rousseau à part, sans doute- ne remettent nullement en cause cette logique libérale : le fossé est là, et le dérapage aussi).
«Les dénonciations de l’arbitraire, la revendication ces droits individuels, l’exigence d’une déclaration des droits garantissant la souveraineté de la Nation, l’égalité civile entre les citoyens, les libertés individuelles et le droit de propriété, toutes ensemble, n’atteignent dans aucun corpus de cahiers –qu’il soit rural ou urbain, primaire ou de baillage- 5% du total des doléances (..) » A vrai dire, les idées y tiennent peu de place, et à plus forte raison les idées philosophiques » D. Mornet ».
- C’est à la lecture de Goethe qu’on identifie sans mal ceux pour qui, au sein des Lumières, la Déclaration de 1789 a pu passer pour un funeste bourde. Goethe en est une des grandes figures.
Voir plus loin : « je suis ainsi fait, j’aime mieux commettre une injustice que de supporter un désordre ».
G. est un homme des Lumières qui les conçoit comme strictement réformistes : contre les « révolutions » en général –y compris en matière géologique où il combat la théorie « volcanique » : il prend parti pour celle des plissements et de la sédimentation lente...
Ses écrits à tendance utopiste (comme Iphigénie...) représentent une humanité réconciliée.
Il se fait le grand dénonciateur de « l’individualisme de la modernité », vraie cause de révolution. (il incrimine même la Franc maçonnerie).
<Voir aussi dans «Eliminationnisme » : « Shoah à reculons » « improvisation » « Rosenstrasse »>
Goethe ne fut pas pour rien rangé par H. S. Chamberlain au nombre de ses auteurs favoris <les nazis le vénèreront aussi> :
« L’hellénisme tout entier a-t-il été capable d’engendrer un homme qui fût en mesure de disputer à Goethe la palme de l’humanisme ? »
Goethe à Mayence : « Le 25 juillet. Au matin, je remarquai avec regret qu’on n’avait pris aucune précaution ni sur la chaussée ni dans le voisinage pour prévenir les désordres (...) dans notre maison au bord de la route, nous fûmes encore occupés de la sortie régulière des Français. J’étais à la fenêtre avec M. Gore (...) dans la place qui était grande, rien ne pouvait échapper à l’observateur (...) La foule était très agitée, on proférait des insultes accompagnées de menaces (...) Dans le moment le plus dangereux, arriva une troupe qui sans doute aurait voulu être déjà bien loin. Un bel homme, presque seul, s’avançait à cheval ; son uniforme n’annonçait pas précisément un militaire ; à son côté, chevauchait une femme vêtue en homme, très belle et bien faite ; ils étaient suivis de quelques voitures à quatre chevaux, chargées de coffres et de caisses. Le silence était menaçant. Tout à coup des murmures éclatent dans la foule et l’on crie : « Arrêtez-le ! Tuez-le ! C’est le coquin d’architecte qui a pillé le doyenné puis y a mis le feu ! ». Il ne fallait qu’un homme résolu, et la chose était faite.
Sans faire d’autre (sic) réflexion, sinon qu’il ne fallait pas que la sûreté publique fût compromise devant le cantonnement du duc, et songeant tout à coup à ce que le prince et général dirait en rentrant chez lui et en marchant sur les débris de cette vengeance personnelle, je descends à la hâte, je sors et, d’une voix impérieuse, je crie : « Arrêtez ! »
Déjà la foule s’était amassée. Nul n’avait osé baisser la barrière, mais la foule barrait le passage. Je crie encore : « Arrêtez ! ». Il se fait un profond silence. Je poursuis en termes énergiques et vifs. C’était ici le quartier du duc de Weimar, la place était sacrée ; s’ils voulaient commettre des désordres et exercer leur vengeance, ils trouveraient assez de place ailleurs. Le roi avait accordé la libre sortie <aux Français>, s’il avait excepté certaines personnes, il aurait placé des surveillants, rappelé ou arrêté les coupables. Mais on ne savait rien de pareil ; on ne voyait aucune patrouille. Pour eux, quels qu’ils fussent, ils n’avaient d’autre rôle à jouer dans l’armée allemande que de rester tranquilles spectateurs (...) et, une fois pour toutes, je ne souffrirais à cette place aucune violence ».
La foule, surprise, restait muette ; puis l’agitation, les murmures, les insultes recommencèrent. Quelques-uns s’emportent, deux hommes s’avancent pour saisir à la bride les montures des cavaliers. Par un singulier hasard, l’un d’eux était le perruquier que j’avais exhorté la veille, tout en lui rendant service. « Eh quoi, lui criai-je, avez-vous déjà oublié nos discours d’hier ? N’avez-vous pas réfléchi qu’on se rend coupable en se faisant justice soi-même ? Que nous devons laisser à Dieu et à nos supérieurs la punition des criminels, comme on doit leur laisser aussi de lettre fin à cette calamité ? » J’ajoutais encore quelques paroles brèves et serrées, mais d’une voix haute et vive. L’homme, qui me reconnut sur le champ, recula l’enfant se pressa contre son père et m’adressa un gracieux regard. La foule s’était retirée et avait laissé la place et le passage libres. Les deux personnes à cheval semblaient embarrassées. Je m’étais avancé sur la place : le cavalier vint à moi et me dit qu’il désirait connaître mon nom et savoir à qui il était obligé d’un si grand service. Il ne l’oublierait de sa vie et serait heureux de le reconnaître. La belle dame s’approcha également et me dit les choses les plus obligeantes. « Je n’ai fait que mon devoir, répondis-je, en maintenant la sûreté et la dignité de cette place », et puis je leur fis signe de s’éloigner. La foule, déconcertée et détournée de ses projets de vengeance, resta immobile. À trente pas de là, personne ne l’aurait arrêtée (...) Quand je fus revenu de mon expédition auprès de mon ami Gore, il s’écria dans son baragouin anglo-français : « Quelle mouche vous a piqué ? Vous vous êtes engagé dans une affaire qui pouvait mal finir.
-Je m’en souciais peu, lui répondis-je. Ne trouvez-vous pas vous-même plus agréable que je vous ai maintenu la place nette devant la maison ? Quel coup d’oeil, si tout cela était maintenant jonché de débris, qui fâcheraient tout le monde, attiseraient les passions et ne profiteraient à personne ! Qu’importe après tout que cet homme soit possesseur injuste de tout ce qu’il a pu emmener à son aise ? »
Le défilé des Français continuait tranquillement (...) Cependant, mon bon Gore ne pouvait admettre que j’eusse tant osé à mes risques et périls pour un inconnu, peut-être criminel. Je lui faisais toujours considérer en badinant la place nette devant la maison, et je finis par lui dire avec impatience : « Je suis ainsi fait, j’aime mieux commettre une injustice que de supporter un désordre. »
- Rester à l’écart des malheurs des autres... « Mes enfants, aimez-vous, cultivez avec soin votre champ et tenez bien votre maison (...) ce qui se passe dans le monde excitera l’attention ; mais les dispositions à la rébellion de nations entières n’exerceront pas d’influence...
- la condition essentielle de tout progrès social devait être cherchée dans le développement de la personnalité, de l’individu supérieur et non pas dans la réforme des institutions publiques « en ces jours troubles, la francomanie comme naguère la luthéromanie, fait obstacle à la culture paisible ».
« Epicure n’avait pas tort quand il disait :ceci est juste, car le peuple le trouve mauvais (...) le degré moyen de l’intelligence humaine n’est pas assez élevé pour qu’on puisse lui soumettre un si immense problème et pour qu’elle soit choisie comme dernier juge en pareille matière... » (Entretiens avec Eckermann, passim cité par E . Caro, la Philosophie de Goethe)
- C’est dans Hermann et Dorothée, peinture idyllique d’une petite ville allemande (la fin du XVIIIe siècle fut une époque de prospérité en Allemagne) sur un arrière-plan mouvementé de la Révolution que Goethe prend nettement parti contre la Révolution française pour le calme et la stabilité de la petite ville allemande menacée par l’invasion ; comme le dit Hermann (second fiancé anti révolutionnaire, lui, de Dorothée : « L’homme dont l’esprit est trouble aux époques troublées augmente le mal et contribue à le répandre davantage. (...) Il ne convient pas à l’Allemand de propager la redoutable agitation et d’errer incertain d’une idée à l’autre. Disons bien haut : ceci est à nous et ne le laissons pas contester. Car aujourd’hui encore on chante les louanges des peuples résolus qui luttèrent pour leur Dieu et pour leurs lois, pour leurs parents, leurs femmes et leurs enfants et succombèrent unis devant l’ennemi »
Mais aussi la relative médiocrité de cette petite ville allemande et l’évocation des transports d’allégresse qui saluèrent les débuts de la Révolution
- En 1789, « La sphère politique publique, bourgeoise en son assiette, est comme hantée par la figure du peuple anonyme, inquiétant et redouté, exclu mais invoqué » (R. Chartier) En 1789, « l’environnement culturel et mental est largement traditionnel » (B. Baczko).
Cela tient à l’apparition de l’opinion publique, radicalement critique tout en demeurant privée, et d’un loyalisme politique sincère tout en renvoyant comme malgré elle au peuple (écho des révoltes, jacqueries)
- Citoyenneté à deux vitesses dans les projets de Sieyès et de Pétion : actifs/passifs ( « femmes, du moins dans l’état actuel enfants, étrangers, ceux encore qui ne contribueraient en rien à soutenir l’établissement public, ne doivent point influer activement sur la chose publique » ; suffrage censitaire.
- Voir Rancière dans « droits sociaux » contre Bourdieu : « si les gens sont dominés, c’est aussi parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont dominés, ils s’auto excluent, pensant qu’ils ne sont pas doués, alors qu’ils sont simplement ignorants : il s’agit toujours d’interpréter la sujétion en termes d’ignorance, de méconnaissance. (...) pour libérer les hommes, il faut d’abord leur donner la science. Mais dès le XVIIIe siècle, les classes dominantes s’inquiétaient de ce qu’il y ait trop de gens du peuple qui voulaient lire, écrire, adopter des comportements qui n’étaient pas adéquats à leur classe » (Nous soulignons)
- Voir note sur Sinety in DROITS ET DEVOIRS freinage dès avant le début des travaux de Déclaration.
- Le « freinage » chez Siéyès va consister à susciter, induire techniquement la « modération », cf. P. Pasquino, Sieyes, p. 155.
- « Limiter la Révolution, l’excès de démocratie... Outre Barnave, Chaumette. ce furent les « Enragés » qui soulignèrent l’envergure de la résistance au lapsus (Roux, Leclerc, et d’autres; longtemps sous évalués) Garat, 10 mai 1792, in Le Patriote français, n° 1004, p. 523-524 : «Le caractère de ces enragés, ils ne reconnaissent intérieurement que la Déclaration des droits (...) quoiqu’en apparence ils soutiennent la constitution (...) ils voudraient mettre à chaque instant la souveraineté du peuple». (Cité in C. Guillon, Notre patience est à bout, Paris, 2009). Repéré par Thiers et Lamartine dans leurs Histoires de la Révolution.
- On sous estime trop le surgissement de la Déclaration des DHC de 89 en en faisant le résulltat d’une évolution, d’une prise de conscience (Magna Carta anglaise de 1215, Petition of right de 1628 ou le Bill of Rights de 1689.) « C’est là succomber à une illusion rétrospective et surtout commettre une erreur philosophique (...) Il importe au contraire de souligner leur rapport essentiel avec l’organisation sociale qui s’est mise en place dans l’Europe moderne : l’Etat puissant et centralisé les droits de l’individu s’épanouissent par contrecoup d’une affirmation de l’Etat et de son empire sur les individus v. « DH & individualisme ».
- Révélateur, le commentaire de Guizot -qui est dans la lignée de cette logique d’un arrêt de la Révolution <maillon : « La Révolution a commencé par détruire. Or elle n’appartient plus aux hommes de son berceau <DH de 1789> La construction de l’édifice ne peut être l’œuvre des mains qui se sont fatiguées et souillées à détruire ». (Du gouvernement (1820), p. 13, cité in P. Rosanvallon, Le Moment Guizot, Paris, 1985, p. 210).
-Lien entre droit naturel & lapsus <bien sûr chez les « révolutionnaires »> voir cit. de M. Villey in «DH & jusnaturalisme».
- Proclamer « rachetables » les droits réels, lors de la nuit du 4 août, c’était placer un verrou, un frein au mouvement populaire (que satisfaisait, en revanche, l’abolition de toute réservation de ces droits à l’aristocratie).
àcharge intolérable pour les paysans hors d’état de payer ce rachatà jacqueries, taxations forcées des denrées de première nécessité (café, savon, sucre, etc.) par des groupes de paysans contre lesquels on envoie ka troupeàen 1793, les droits seront abolis sans rachat. Autrement dit, La lutte populaire pour l’effectuation de la Déclaration de 1789 est directement une revendication concrète socio économique (V. « droits » de l’homme & droits sociaux : rien à ajouter : il suffit aujourd’hui, comme dès 1789, de déduire de la Déclaration de 1789 ce qu’elle « contient ».
-En juin 89, l’Assemblée abolit les impôts... ET les maintient « quoique illégalement perçus (...) levés de la même manière que précédemment. » Bibi : cela sent le remords –avant la lettre. Pour une fois, Rivarol touche juste : « presque tous les décrets de l’Assemblée nale ont été faits sur ce modèle dans la première mouture du décret, l’Assemblée abolit, et dans un second, elle maintient pour un temps. Mais le peuple n’a, bien entendu, exécuté que la première partie du décret <bibi : il a essayé : ce en quoi il a été cohérent !>, et s’est moqué de l’autre <et il a fallu réprimer :10 août, Terreur>. Voilà la clef de tous les désordres dont nous gémissons ».
Bibi : ce qui revient à dire que le peuple a réclamé l’application de 1789, de son contenu. (n’en déplaise à Rivarol). Et, quand il le fallait, contre la volonté des « révolutionnaires ».
- voir dans « séparation des pouvoirs » la torsion imposée à la notion de séparation des pouvoirs dans le sens d’un asservissement du juge à l’exécutif, qui n’était pas le propos de Montesquieu, ni celui de la Déclaration de 1789, dans laquelle la séparation des pouvoirs restait à déterminer. La détermination s’est faite dans le sens du freinage avec la loi du 16 août 1790 puis Napoléon et la IIIe République (avec pour effet, jusqu’à aujourd’hui, la libération de l’administration à l’égard de tout contrôle par la justice).
-
Voir Notion de Déclaration à C. Fauré sur la répétition des Déclarations.
- Ensemble des remarques de Rials : La Déclaration... p. 334-335 .
- C’est ce que n’a pas compris Bentham : « en justifiant l’insurrection, ils la suscitent (...) en justifiant la destruction des autorités existantes, ils affaiblissent toutes les autorités futures, y compris la leur, par conséquent. »
À vrai dire, ils le savaient fort bien ! Cf. l’attitude de Duport et autres et, bien avant, Voltaire (« nous sommes des mouches qui travaillent pour le parti des araignées ». C’est la grandeur propre de l’élitisme quelque peu sacrificiel des Lumières (cf. aussi Condorcet réticent en 1789, mais qui suit la pente en la remontant jusqu’au moment des sa mort, voir dans l’Esquisse...) Le mot de Talleyrand, ie de l’un de ceux qui, par ses actes, a le plus efficacement miné l’ancien régime en dit long : « qui n’a pas connu l’Ancien Régime ne saura jamais ce qu’est la douceur de vivre »
Barnave cas typique du « retournement » ; corrompu par le « parti colonial »
Décret du 13 mai 191( ?)= déchirer la déclaration des DH.
- voir tous les efforts pour « conjurer les effets politiques de la fuite de Louis XVI. Barnave et alii l’ahurissante thèse de l’enlèvement. Sacrés juristes !...
- C’est ce que E. Todd nomme : « la révolution à stabilisation totalitaire »
- Voir « Réforme & révolution » à : freinage.
- Le cas de Raynal venant désavouer la Révolution, et interdire aux révolutionnaires de se réclamer de ses écrits (Adresse à l’Assemblée nationale, lue le 31 mai 1791 : rétablissement de l’autorité légitime,suppression des clubs, etc.) : cas limite.
- Le retour des Girondins survivants qui ont connu 1789, après Thermidor, conduira à la Déclaration de 1795 (an III) dans laquelle est supprimée la phrase : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »...
- La Convention avait le pouvoir de prendre des décrets annulant des jugements, en flagrante violation du p. de la séparation des pouvoirs.
Nota :France condamnée en 2008 au motif qu’elle traite ses procureurs de la république, substituts, etc. comme des juges, alors qu’ils sont directement soumis au pouvoir hiérarchique de l’exécutif. La France a fait appel...
- Burke avait repéré que la Constituante se dirigeait vers des restrictions de suffrage, en particulier vers la distinction entre citoyens actifs et passifs. Ce qui, pour lui, est contraire à la nature. Raynaud/Burke, p. XLV-VI.
Bibi : dans quelle mesure peut-il en faire le reproche à la Déclaration ? Il y a chez Burke une imprécision sur Déclaration et révolution.
D’autant que si « lorsque la politique a pour objet de traduire la volonté et les intérêts des individus associés (...) ceux qui n’ont pas droits politiques risquent de se trouver exclus de l’association » (P. Raynaud), cela ne porte en rien contre la Déclaration de 1789. Même si H. Arendt vit dans ces hommes simplement hommes puisque privés de droits politiques, la préfiguration des populations sans appartenance politique victimes du totalitarisme, il n’en reste pas moins que de tels hommes ne peuvent subir qu’en vertu d’une violation des « droits » de l’homme de 1789, qui sont tout sauf censitaires. Les régimes censitaires sont tous des survivances de l’Ancien régime, qui se sont prolongées contre les « droits » de l’homme ! C’est cette résistance à la Déclaration que Burke appelle son hypocrisie ! Lorsque la monarchie, en 1788, organisait les élections aux Etats généraux c’était déjà selon un mode de scrutin très censitaire (qui est néanmoins ouvert aux femmes) et évidemment pas en s’inspirant de la Déclaration qui n’existe pas encore... L’hypocrisie supposée d’une doctrine des droits de l’homme n’est que celle du droit positif (électoral) qui l’ignore et qui, plus tard l’enfreindra sans vergogne. La Déclaration n’a jamais posé « l’existence d’un homme qui n’est protégé par rien d’autre que son égalité naturelle ». Comme semble le croire P. Raynaud, en donnant raison à Arendt : préface à Burke, Reflexions..., p. XLVII.
- Qu’ils l’aient voulu ou non, (Furet contre Troper dans Les Annales), la crainte du monarque, les efforts pour ne pas partager avec lui la souveraineté–ou le moins possible-, c’est surtout la crainte du peuple, ie de ce qui s’est passé en 1789 à la faveur d’une récupération monarchique du courant populaire. Rester face à face avec le peuple. S’arc bouter sur la défense de la représentation <statut qui, pourtant, ne faisait guère l’unanimité depuis Rousseau. Et qui allait finir par être opposée au peuple pour justifier le « report » de la Constitution de 1793 votée par le peuple et qui faisait si peur à Robespierre : cf. art. de Janjouan). S ‘entendre avec Louis XVI, (comme le voulaient les monarchiens), c’était passer par les fourches caudines du peuple.
- Pour L. Jaume, c’est seulement avec la Terreur que sont altérés les principes révolutionnaires de 1789. Bibi : mais c’est là une analyse de juriste, ie décalée chronologiquement, tant il est vrai que le juriste vient après...
Pas très éloigné de la position de P. Sagnac : l’esprit philosophique du droit révolutionnaire (1789-1795) aurait été supplanté par la « tradition juridique », qui lui aurait substitué un droit conservateur.
- Ce n’est pas le mouvement révolutionnaire que les révolutionnaires s’efforcent d’arrêter (ceci contre Furet qui avait bien vu qu’il s’est agi très tôt, pour eux, d’arrêter... quelque chose).
Bibi : ce qu’il s’agit d’arrêter, c’est la mise en œuvre des « droits » de l’homme de 1789. (et le « mouvement révolutionnaire » -notion pas très rigoureuse-, ie, en somme la rue <Roux, les clubs, etc.> est utilisé à cette fin, dès que possible). La « Révolution » n’étant guère que le déroulement de ce combat.
C’est pourquoi on ne saurait accorder aux disciples de Furet, que « la Révolution est terminée ». Dans la mesure même où le remords sur le lapsus de 1789 en quoi elle consiste, ou qui, au moins, règle sa marche, n’a rien perdu de son actualité et de son caractère inavouable.
Au demeurant, Furet continue, sans s’en rendre compte, cette lutte contre le lapsus, lorsqu’il affirme dans sa doctrine définitive, que la terreur de 1793 est déjà contenue dans 1789... ie dans les « droits » de l’homme.
F. Bouthillon : « La révolution est bel et bien un bloc, 93 découle directement (sic) de 89, la Terreur est impliquée par l’acte même de la dissolution de l’ancien contrat ».
Mais, pour interpréter cette continuité, il n’est pas nécessaire d’attribuer aux hommes de 1789 une telle volonté de rupture -ce qui apparaît à peu près incompatible avec le contenu des débats du temps, bien récapitulés dans le préambule de la Déclaration de « droits » de l’homme, comme on l’a déjà indiqué ailleurs. Pour ce faire, en respectant les différences majeures de contenu entre la Déclaration de 89 & les pratiques « terroristes » de 93, il faut et il suffit de se rapporter à la hantise et au rejet, par tout ce et tous ceux qui sont alors aux affaires, de cette dissolution éventuelle, fantasmée dans tous les camps. Et hantise qui n’est autre chose qu’un avatar de ce mouvement d’effroi devant l’éruption de 1789, le lapsus de la Déclaration. Spécialement chez ceux qui, mêlés à à sa conception et rédaction, sont hors d’état de jamais pouvoir la récuser directement. (et on comprend alors que le contenu « terroriste » de la Terreur est parfaitement homogène à celui de cet effort secret de refermeture de la boîte de Pandore des « droits » de l’homme : en tout cela nul paradoxe ou effet pervers dans effet pervers dans le « passage » à la Terreur, ou si l’on veut, d‘un Robespierre adversaire de la peine de mort à un Robespierre votant les lois de Prairial.
Cela suffira à interpréter la Terreur » comme autre chose qu’un coup du sort, un événement à mi-chemin du contingent et du fatal.
(suite: 4e partie).
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