La Déclaration des droits de l'homme: un lapsus (notes suite I)
J. W. Goethe, Ecrits autobiographiques, op. cit. p. 501. <à propos du célèbre incident : un jacobin soupçonné de pillage par les habitants de Mayence, et sauvé du lynchage par l’intervention de Goethe. Suivi de l’injonction aux Allemands : « « S’ils voulaient troubler l’ordre et exercer leur vengeance, ils trouveraient bien d’autres endroits ailleurs », dont nous pensons pouvoir faire comme une devise de l’éliminationnisme>.
La Marseillaise : « Te Deum révolutionnaire ».
Dans Le Grand Cophte, la maxime d’initiation de la Loge égyptienne <fondée par l’escroc comte Rostro> sera : « Ce que tu veux que les autres fassent pour toi, ne le fais pas pour eux ». Autre formule évocatrice du procès de l’émancipation par les hommes des Lumières Au moins de ses méthodes d’ordre « révolutionnaires », ie par « la base » : « On se fait des ennemis irréconciliables si l’(on veut éclairer les sots, réveiller les somnambules et ramener les égarés » À rapporter à cette remarque de Laclos : « Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs... » (Les Liaisons dangereuses, Mme de Merteuil). Il n’y a pas que l’esclavage et les colonies dans la face noire des Lumières, il y a aussi un élitisme foncier et cohérent.
Mais qui ne le vénère pas, à vrai dire (et à part Claudel qui le traitait d’âne) ?
J. W. Goethe, « Siège de Mayence », in Ecrits autobiographiques, 1789-1815, trad. Paris, 2001, p. 498 ss. (je souligne, M. P.)
Epigrammes vénitiennes. (1790).
Comment sortir de la Terreur, Thermidor et la Révolution, Paris, 1989, p. 346.
J. Rancière, « Repenser l’émancipation », Sciences humaines, n°198, novembre 2008, p. 34. <déjà cité in « droits sociaux »>. Ainsi, « quand on vote mal », par exemple lors des élections du 21 avril 2002 ou du référendum sur la Constitution européenne, on dit qu’il y a malaise dans la démocratie parce que ceux qui votent seraient des gens arriérés, incapables de reconnaître les évolutions nécessaires, ou bien des consommateurs égoïstes qui choisissent un candidat selon leur goûr personnel...Nous sommes en réalité face à une démocratie largement confisquée, état de fait
Markov et Dommanget : il y avait une majorité d’Enragés dans les sections parisiennes.
On se croirait sous Turgot...
Cité in Burke, Réflexions sur la Révolution ..., Paris, 1988, notes Fierro, p. 720 ( ?)
Notamment suppression de l’inamovibilité des juges en 1880.
Et même au-delà : non participant à la confection de la Déclaration de 1789, il tentera d’en décider la péremption dans son projet de constitution dite girondine de 1793. Voir in « elections & DH » à « Condorcet ».
In Le Fou et le prolétaire, Paris, 1979.
À Paris, par exemple, sur 700.000 habitants, 660.000 n’ont pas le droit de vote (Règlement général pour les élections aux Etats généraux, 24 janvier 1789. (cité par P. Chauvet, 1789, L’insurrection parisienne et la prise de la Bastille, Paris, 1946, p. 16 ss.).
Le Discours jacobin et la démocratie ; « Les Jacobins et Rousseau », Commentaire, n° 60, hiver 1992-1993
La Législation civile de la Révolution française (la propriété et la famille) 1789-1804, Fontemoing, 1899.
« La noblesse a participé au mouvement qui devait conduire au renversement de l’ordre en place au même titre que la bourgeoisie ou que le peuple. Rapidement, certains éléments ont été effrayés par l’ampleur du mouvement révolutionnaire (sic) -il ne faut pas oublier que les choses sont allées très vite- et, à partir de juillet 1789, il n’y aura pas une seule équipe dirigeante révolutionnaire qui n’essaiera d’arrêter la Révolution (sic). C’est vrai dès l’été 1789, des monarchiens (Bibi : et dès avant la Déclaration, de Duport, futur monarchien). C’est vrai ensuite de La Fayette, puis de Mirabeau, du triumvirat, des feuillants, des girondins, mais c’est vrai aussi des montagnards. On pourrait écrire une histoire politique de la Révolution montrant comment chacune des équipes qui se succèdent au pouvoir s’est vainement <bibi : voire !> efforcée de stopper le phénomène révolutionnaire, en ayant le sentiment d’être prise dans un mécanisme qui dépassait les hommes et les volontés individuelles. Toutes les solutions élaborées entre 1789 et e 18 Brumaire ont toujours été des solutions provisoires incapables de vivre leur propre légalité ». F. Furet, Histoire Magazine, n° 22, 1981, p. 36.
Voir interview de Furet et de Soboul dans la revue Histoire Magazine, n° 22, 1981. Nous soulignons (M.P.)
C’est, par exemple, la conclusion générale de P. Guennifey, Histoires de Révolution, Paris, 2011.
Lorsqu’il renonça (dans : Penser la Révolution française 1978), à la thèse du « dérapage » entre 1789 et 1792 (Histoire de la Révolution française, 1965)
« Le dérapage, c’est une notion un peu faible, car en réalité, 1793 est déjà dans 1789. C’est en septembre 1789 que Marat lance L’Ami du Peuple, et l’on trouve dans les clubs parisiens de l’époque l’ensemble des idées qui seront au pouvoir sous la terreur ».
L’illégitimité de la république, Paris, 2005, p. 24.
L’expression est de F. Bouthillon.
Dont ils ont eu besoin pour prendre ce pouvoir. C’est pourquoi il est assez curieux de voir des interprètes comme, par exemple, M. Gauchet, insister sur l’aspect tactique de la Déclaration (ou de la nuit du 4 août) comme si cela en amoindrissait la portée historique. Qu’elle se soit imposée aux Constituants pour contrer la Monarchie, cela en fait précisément ce que nous appelons un « lapsus ». Les « droits » de l’homme se sont imposés à leurs « auteurs » comme s’ils avaient été de l’ordre des faits. Qu’elle ait presque immédiatement alarmé les mêmes, (« comment arrêter la Révolution ? Qui ne se l’est pas demandé des monarchiens à Robespierre ?,etc.) ce n’est pas moins clair.
Voir « Propriété » note « Vovelle ». Sur le plan économique et patrimonial, cette obstination anti « droits » de l’homme a été couronnée de succès. En l’an Xi, la statistique des plus gros contribuables à l’impôt foncier comportera : 17 « cultivateurs », 274 bourgeois, et 339 ex nobles ou ci-devant.
L’Eglise n’est pas une personne réelle, elle n’est donc pas propriétaire, il n’y a pas expropriation, il n’y a pas lieu à indemnisation : la Déclaration des « droits » de l’homme et du citoyen n’est pas violée...
Condamnation décidément incompréhensible de la Déclaration par l’Eglise catholique ! (toujours actuelle au profit...de celle de 1948).
Annales historiques de la Révolution française, 1933, p. 182.
Histoire politique de la Révolution française
C’est sur ce mot « principes » que le bât blesse selon Bibi.
Bibi : pas OK
P. & P. G. de Coursac, op. cit., p. 12.
O. Janjouan, « La suspension de la constitution de 1793 », Droits, 1993, p. 125 ss.
Qui comptaient évidemment, dans leurs rangs nombre d’anciens jacobins et montagnards très avancés...
Rapport du 5 Messidor : justification et présentation du nouveau projet de constitution (après l’écrasement de la révolte populaire du 1er Prairial, et grâce à lui) : « La France entière en avouant qu’elle a été tyrannisée, a suffisamment frappé de nullité cette acceptation prétendue qu’on <qui ?> allègue aujourd’hui <ie le plébiscite de 1793> (...) Vous en appellerez au peuple lui-même de l’acceptation qu’on lui a arrachée <comme si le club des Jacobins et Robespierre, en 1793, avaient été favorables à la constitution !>, et sa décision vous justifiera (!) ». « le chiffon de 1793 » comme on disait...
Péguy saisit donc bien que le freinage et le détournement vient de l’intérieur, de ceux qui préparent la Déclaration (nous dirions plutôt de certains, pour commencer), bien plus que d’une contre révolution, et que le même freinage fonctionne sous la IIIe république.
« De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne, » 2 décembre 1906. (O.C. II, p. 563ss.)
« Vraiment vrai », O.C. I, p. 833.
Furet, Halévi, La Monarchie républicaine.., Paris, 1996, p. 175.
Rapporteur de la Constitution devant l’Assemblée (Rials, p. 203).
Souvenirs sur Mirabeau, rééd. P.U.F. rédigé, à vrai dire, ultérieurement. S. Rials y voit une reconstruction rétrospective ; mais il va un peu loin en affirmant que peu de constituants partageaient la même mentalité : nous persistons à croire que, en tout cas, elle s’est vite répandue...
On voit ici s’amorcer la nocivité du vocabulaire approximatif : –le mot « droits » comme fourre-tout et asile d’ignorance- & s’ébaucher la liquidation juridique des « droits » de l’homme qui en sera corrélative chez les auteurs à contre-cœur de la Déclaration de 1789.
La propriété comme « droit de jouir de la portion de bien reconnue par la loi » (Opinion du 24 avril 1793) alors que constitution montagnarde du 24 juin 1793 : « le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie » (art. 16) + art. 19 : « nul ne peut être privé de la moindre portion (sic : le mot de Robespierre) de sa propriété. » C’est du Condorcet mot pour mot.
Ainsi d’Olympe de Gouges <Mary Gouze (Aubry), dite> Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne réclame précisément cette égalité/ politique <en décalquant jusqu’à l’absurde la Déclaration de 1789> : Les femmes « constituées en Assemblée nationale », liberté, propriété, résistance à l’oppression, etc. Absurdité, mais instructif : l’effectuation juridique de la Déclaration de 1789 s’est arrêtée à quelques dispositions du droit civil, sphère des rapports privés avec d’autres individus <NOTA BENE : où l’on voit que individualismeßnon application des « droits » de l’homme de 1789>, simple ébauche de personnalité juridique individuelle de la femme, de ce que E. Guibert-Sledziewski nomme « la femme civile » (« Une idée neuve de la femme », in A. Rosa, Citoyennes, les femmes et la Révolution française, Paris, 1988). ( : ainsi le mariage devient, en septembre 1791,un simple « contrat civil » : ce qui suppose égalité des contractants –pas de contrat valide entre inégaux- = application civile de la D. de 1789 ; idem pour le divorce institué en septembre 1792, <mais rendu administrativement impraticable en 1795, supprimé sous la Restauration, rétabli par la IIIe République mais sans consentement mutuel !... jusqu’en 1975, sous la Ve République> décret du 26 octobre 1793 sur l’école : « Les filles s’occupent des mêmes objets d’enseignement et reçoivent la même éducation que les garçons, autant que leur sexe le comporte, mais elles s’exercent particulièrement à la filature, à la couture et aux travaux domestiques qui conviennent à leur sexe... ».
1ére femme à la tribune d’un club, le « Cercle social », en 1790 ; une hollandaise fonde la « Sté patriotique et de bienfaisance de la Vérité » ; « Lycée des arts », « Sté des Amis de la vérité », « Citoyennes révolutionnaires »).
Continuateur de la Révolution », pas des droits » de l’homme de 1789. Et effectivement, si c’était d’elle, ce ne pouvait être d’eux.
B. Jolibert, Introduction à S. Maréchal, Projet d’une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes (1801), Paris, 2007, p. 33, note 33.
B. proche, ici, de Simone Weil dans l’Enracinement dénonçant comme quasi totalitaire la monarchie française « moderne ».
Mona Ozouf, Composition française…, Paris, 2009, p. 183.
Aurore, aphorisme 33, trad. 1, p. 991.
Le Gai savoir, aphorisme 377. Sur le mode « chinois ». Puisque, pour Nietzsche, toute culture implique esclavage, lui-même condition de l’otium constitutif de toute culture.
Crépuscule des idoles. La morale comme manifestation contre nature, aphorisme 3. « Je souffre : certainement quelqu’un doit en être la cause. Ainsi raisonnent toutes les brebis maladives. Alors leur berger, le prêtre ascétique leur dit : « c’est vrai, ma brebis, quelqu’un doit porter la faute de cela : mais tu portes toi-même la faute de tout cela –tu portes toi-même ta propre faute ! » (...) Est-ce assez hardi, assez faux ! Mais un but est du moins atteint de la sorte : la direction du ressentiment est changée ». Quand Nietzsche a écrit pour se résumer : « les maîtres également peuvent devenirs chrétiens » (Génalogie de la morale, III, aphorisme 15) « maîtres » désigne adversaires des « droits » de l’homme, il fait une plongée , non point tant dans la contre révolution proprement dite que dans la mentalité remords des révolutionnaires apprentis-sorciers internes au mouvement révolutionnaire. (c’est bien pourquoi il s’agit d’un nouvel esclavage et non de la préservation de l’ancien esclavage ; ce qui est invoqué cyniquement comme religion suppose une rupture préalable et irréversible <quasi sadienne> avec toute conviction religieuse. Rupture qui a un caractère « révolutionnaire » sans équivalent Et qui ne se trouve pas chez Maistre (Maurras est moins clair : le christianisme y est censé être instrumentalisé ; mais cela, c’est ce que suggère la doctrine...).
Bibi : à noter tout de même, le péril est terrible pour les dominants de refoulement clérical des DH de 1789 : que l’Evangile pointe sous l’imposture ascétique. <cf. interdiction de lire l’Evangile ; de chanter le Magnificat chez Maurras, de dire la messe en français, ie clairement, etc.>
Humain, trop humain, I, § 451
Jusque sur ce point (la non référence aux DH), Nietzsche est bien fidèle à son admiration de la IIIe République française.
D’après P.et P. Giraud de Coursac, Enquête sur le procès du roi Louis XVI, Paris, 1982, vérifier
Lettre à C. v. Gersdorff, 21 juin 1871, citée par D. Losurdo, Nietzsche philosophe réactionnaire, trad. Paris, 2008, p. 30.
A. France, Le Lys rouge.
A noter d’ailleurs que Jaurès est fort rapide sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
Jaurès manifeste une sorte d’indulgence pour la bourgeoisie, et même un peu davantage ; alors même qu’il fut fort sévère avec les aristocrates de la nuit du 4 août, quelques pages auparavant : il y de la « moraline » dans cette différence de ton. Et aussi du cynisme , celui de l’utilité des « idiots » dans le léninisme réel.
Le mot nous paraît bien révélateur de ce que la Déclaration prend par surprise la bourgeoisie si chère à Jaurès
Opinion (...) sur la Déclaration des Droits de l’homme.
Un pionnier , un précurseur, ce Mirabeau : c’est toute la IIIe république, tout le désamorçage, la liquidation juridique des « droits » de l’homme et du citoyen. « Mirabeau nous disait : « vos ne savez pas que la liberté est une garce qui aime à être couchée (il se servait d’une expression plus énergique) sur des matelats de cadavres », (Camille Desmoulins, Le Vieux Cordelier, n° 6, (1793), Paris, 1987, p. 133).
Relativement significatif : lorsqu’il cite la Déclaration, Jaurès « oublie » la fin de l’article 1 : « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». (note de A. Soboul) : le détournement à la moraline et à « l’idéal » de la Déclaration est en marche. Les DH ne sauraient passer pour un instrument de gestion du groupe. C’est déjà du Gauchet.
Mais ne vient-il pas d’écrire qu’elle était intéressée, tactique, aussi ? Et non moins en son genre, après tout, que les aristocrates qui prirent l’initiative de la nuit du 4 août –si sévèrement traités encore un peu auparavant.
Influence de l’association marxiste : DH - Etat.
Le démembrement, en 1918, des deux grands Etats multinationaux : Russie et Autriche-Hongrie, au nom du principe des nationalités <i.e. soi disant des « droits de l’homme » !> a produit Pologne, Tchécoslovaquie, Autriche, Hongrie, Yougoslavie. (Traités sur le statut des minorités nationales de 1919-1920).
Voir même le canular des Poldèves France, 1920 ss..
Arendt, L’Impérialisme, p. 243.
Arendt en est, d’ailleurs, consciente : « si un être humain perd son statut politique, il devrait en fonction des conséquences inhérentes aux droits propres et inaliénables de l’homme, tomber dans la situation précise que les déclarations de ces droits généraux ont prévue... » op. cit. p. 288. Mais il y tombe bel bien. Et si, comme elle poursuit, « c’est le contraire qui se produisit, c’est que les pouvoirs en place y trouvaient leur compte. Et au demeurant, la Déclaration des « droits » de l’homme ne se présente nullement comme un texte qui s’impose de lui-même : elle comporte, au contraire, cette idée fondamentale que le choix du pire est toujours possible.
Les Etats « non démocratiques » (les vaincus : Allemagne, Autriche Hongrie ; Russie en révolution) ne participèrent pas aux décisions
Comme l’avait bien vu Nietzsche.
L’art, la littérature, la psychopathologie, de la SDN au Voyage au bout de la nuit... Inutile d’insister ici sur cet aspect fort connu et documenté de l’entre deux guerres européen.
Et non des « droits » de l’homme eux-mêmes. Nous soulignons (M.P.).
L’Impérialisme, op. cit. p. 273.
Selon l’Essai sur la révolution, en effet, on ne saurait interpréter la terreur jacobine comme totalitarisme, i.e. comme violation des « droits » de l’homme. C’est le projet révolutionnaire, non en tant que tel ou en lui-même, mais celui de Robespierre, qui est en cause. Les jacobins commis l’erreur de faire des revendications économiques et sociales les motifs de leur action, au détriment de la liberté, et alors que, selon elle et contrairement à ce qui est un pilier de la pensée socialiste et marxiste <et qui fait l’ « ambiguïté de Marx à l’égard de la liberté » op. cit. p. 89>, ces revendications ne relèvent pas de la compétence du politique, de la sphère publique mais des progrès scientifiques et techniques et de la sphère privée. « Essayer de libérer le genre humain de la pauvreté par des moyens politiques : rien ne saurait être plus futile ni plus dangereux »=terreur par indistinction du public et du privé.