La Déclaration des droits de l'homme: un lapsus (2e partie)
. Bailly maire de Paris, est contraint de laisser massacrer l’intendant de Paris, Berthier de Sauvigny et le conseiller d’Etat Foulon. Il parle du « peuple forcené », d’un danger réel qu’il était inutile de braver ».
- Victor Serge : <en 1918> « La Tchéka se mit à fusiller les otages, des suspects, des ennemis ; elle cherchait encore à endiguer, canaliser, contrôler la fureur populaire ». !!!
-Le personnage Napoléon résume assez bien l’anti-1789 des révolutionnaires : il restera comme le grand Refouleur de lapsus.
Car il était à la fois aussi authentique fossoyeur juridique des « droits » de 1789 qu’authentique « révolutionnaire ».
-Le doublement du Tiers puis la promotion de ce Tiers comme Assemblée nationale à lui tout seul : dans la ligne du rapport de forces qui tenait à l’éruption des DH ;
Précisons : ce vrai putsch n’a aucun rapport avec le contenu de la Déclaration et même il s’accorde fort mal avec son universalisme !!
Mais c’est qu’il n’a pas la même source que la Déclaration : le peuple. C’est, pour obtenir la poussée nécessaire à la prise du pouvoir sur la Cour, l’aristocratie et le clergé tant haut que bas la concession plus ou moins affolée de l’élite bourgeoise aux forces populaires -concession appelée à être neutralisée en grande partie par le recours à la représentation et à ses multiples astuces électorales… jusqu’à nos jours.
- Une animosité bien affichée envers les « droits » de l’homme est le plus court chemin idéologique pour passer de l’extrême gauche (d’une jeunesse dissipée) à la droite extrême ou pas (d’une notabilité sociale obtenue souvent par ce premier engagement) (ex Gauchet).
Puisque c’est par là que les deux extrêmes se touchent, on peut y passer à pied sec <Le procédé semble un peu moins commode pour passer de l’(extrême) droite à l’extrême gauche, ou le cas de figure est, pour l’instant, un peu moins fréquent, car moins utile ?>. C’est la ligne droite du reniement & du retournement de veste.
Et c’est en ce sens que les « droits » de l’homme sont toujours traités comme lapsus intolérable à refouler Non moins qu’ils ne l’étaient dès leur surgissement en 1789.
(pas la « démocratie »….! inconnue dans la Déclaration).
-V ? D. Robert Dufour, Le divin marché, la révolution culturelle libérale, Paris, 2007, pp. 145 av. et ss. : les obscurités les doutes sur l’affirmation selon laquelle nous sortirions de la religion ou en serions sortis ; les chrétiens éteints, ce sont les libéraux le libéralisme est religieux de part en part ; le retour de refoulement sur le « lapsus » de 1789, ce fut un reniement de la rationalité, un « retour » vers le religieux confus avant même d’en être complètement sorti.-àprovidence du marché. Le transcendant (monothéiste) n’a jamais vraiment cédé sa place au transcendantal. Les lumières ont supprimé notre sujétion aux déterminations transcendantes locales : science expérimentale, modernité.
La résistance frénétique au lapsus de 1789, ce ne sera rien d’autre que la présence et la fortune, tout de même extraordinaire, des arguments du libéralisme d’Adam Smith, en pleine période des Lumières.
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On retrouve bien après 1789 le même retour sur et contre le surgissement d’universalité de 1789. L’« Union sacrée en août 1914. Ce sera contre Jaurès, héraut des « valeurs » de la Déclaration de 1789, pour l’engagement unanime dans une guerre sans motif sérieux. Comme l’écrit P. Bouthillon, « en acceptant de contribuer au choc des nationalismes, la gauche apostasiait son universalisme qui ne pouvait, en bonne logique, la conduire à autre chose qu’au pacifisme ». (apostasie par rapport aux résolutions de la IIe Internationale en 1907 : unité du prolétariat international contre une guerre éventuelle). Mais la gauche avait la conviction d’avoir enfin trouvé la légitimité qu’elle cherchait depuis la destruction par la Révolution de celle de la monarchie. Elle « s’était engagée à créer l’unanimité autour du nouveau contrat social qu’elle prétendait établir ; eh bien, en 1914, même si c’était sur un mode tout autre que celui qu’elle avait envisagé, cette unanimité, elle finissait par l’obtenir, et bel et bien, autour de la République ».
Bibi : pendant un siècle au moins, les Constituants et leur suite s’étaient efforcés d’étouffer le souffle universaliste, « anti local » (Bouthillon) et partant anti nationaliste de la Déclaration de 1789. Cette éruption leur avait permis de balayer la monarchie, mais ils savaient bien qu’elle charriait aussi tout ce qu’il fallait pour contrarier leur bourgeoisie et fonder un internationalisme. Comme on le lui a suffisamment reproché, la Déclaration de 1789 n’est pas celle des « droits » des Français ! Sans y réussir (que ce soit par le détournement des troubles sociaux au profit des restaurations monarchiques, par des conquêtes militaires, par des restrictions censitaires au droit de vote, par une légende impériale, etc. ) : le 19e siècle français peut être ainsi considéré comme la quête infructueuse d’un enthousiasme, d’une unanimité capable de légitimer le pouvoir qui leur était tombé entre les mains depuis l’exécution de Louis XVI (Bouthillon). Mais (Bibi) il y fallait un enthousiasme unanime, qui n’eût pas à l’égard de la société libérale bourgeoise les impitoyables effets critiques (et notamment anti élitistes) de l’acte manqué de 1789 (incarnés par Jaurès) ; en bref qui fût sans référence aux « droits » de l’homme. Tel fut le moment « Union sacrée » purement et simplement nationaliste. Les adversaires révolutionnaires des « droits » de l’homme avaient enfin trouvé de quoi conférer sa légitimité à la République. Dans l’horreur -déjà totalitaire- des massacres, ainsi qu’il convient à ce qui est conduit sans référence aux « droits » de l’homme.
- voir « Réforme et révolution » à : « Paine »
-« dans ce domaine au moins, <les juifs> les solutions se trouvaient déjà prête (…) et Vichy n’eut qu’à puiser à pleines mains dans le passé républicain ».
-Les « droits » de l’homme, c’est tout juste bon à renverser une monarchie qui n’a pas voulu comprendre que le bourgeois était le nouvel aristocrate. Mais une fois cela accompli, on pourra les chanter sur tous les tons, peu importera que ces nouveaux maîtres en soient tout aussi justiciables que les précédents.
Voyez « l’inquiétude » d’un esprit éclairé, voire « avancé » dès juin 1789 : « une grande inquiétude... je craignais qu’on ne passât bientôt le but, ce qui est toujours pis que de rester en deçà ». (Mémoires de l’abbé Morellet, le dix huitième siècle et la Révolution, Paris, 1988, p. 303).
-Déclaration comme lapsus ß> non référence, ie le refoulement de la référence aux DH est un acte de non référence : il ne renvoie qu’à lui-même, ie à la préservation d’un pouvoir en place l’invocation de l’ennemi extérieur, du complot intérieur, le soupçon d’usurpation contre tout détenteur d’autorité, l’extension de sens du mot « aristocrate » etc. en sont autant de modalités, ils ne valent pas comme référence : c’est de l’action pour l’action : il s’agit de « figurer le peuple en acte » Lefort n’a pas tort là-dessus.
Si le conflit entre l’Assemblée & les « sections » et clubs accouche de Robespierre, Saint Just, Fouquier Tinville, etc. C’est que la Terreur est l’aboutissement de cette concurrence par surenchère entre les représentants en droit & ceux qui se posent comme représentants en fait. C’est ipso facto une des formes de l’effort permanent de refoulement de la demande de mise en œuvre de la déclaration de 1789, dès les origines de celle-ci. Cet effort débute bien avant ce qu’on est convenu de nommer la Terreur (elle est à l’œuvre dans les multiples mesures « terroristes » prises par les Girondins). Et, d’autre part, il n’implique guère d’acte de référence à une idée ou même à un fantasme de société unifiée. Bien sûr, après-coup, une telle référence est brandie le plus ouvertement possible par les acteurs. Après coup et avec confusion (c’est l’objet d’un discours de Billaud Varenne du 20 avril 1794 qui tient du galimatias : « le peuple français vous a imposé une tâche aussi vaste que difficile à remplir » qu’il compare à rien moins que « l’effort de la nature dans la transition si étonnante du néant à l’existence (…) Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à l’existence ». Il s’agit manifestement de justifier rétroactivement l’abolition de toute limite dans l’action -ce qui est évidemment on ne peut plus contraire au contenu de 1789.
Bien sûr, l’image obsessionnelle d’une sté « une » n’aurait pas facilité une stabilisation institutionnelle. Mais en faire le facteur décisif de la Terreur, même en parlant de fantasme, c’est prendre à la lettre les slogans, les proclamations, les autojustifications ; attitude périlleuse,. Car l’interprétation d’un slogan ne réside pas dans prise pour argent comptant de la littéralité de son texte, ie dans une description.
Pour nous, les violations des « droits » de l’homme par les « révolutionnaires » peuvent passer pour autant de manifestations d’un fantasme de l’Un, d’une phobie passionnée de toute division sociale … mais comment s’assurer qu’il y ait bel et bien un tel fantasme ailleurs que dans la rhétorique, et la propagande rétrospective ! Et surtout, à quoi bon ? La violation des « droits » de 1789 nous paraît un critère de terrorisme beaucoup plus efficace. À quoi bon tomber dans le piège idéologique grossier de la nocivité de tout changement social ? De la dangerosité du changement ?
La Terreur, nous dit C. Lefort -en totale cohérence avec sa définition du pouvoir démocratique- « a un caractère démocratique, parce qu’elle interdit l’occupation de la place » du pouvoir. Oui, mais on peut aussi bien dire qu’elle garantit cette occupation. Robespierre sera dans la démarche totalitaire classique, lorsqu’il se tournera vers l’Être suprême. Nous ne voyons là, contrairement à Lefort, aucune infraction à la logique de la Terreur. Ce sera la quête non sincère d’une référence, en lieu et place de celle aux « droits » de l’homme de 1789 (de plus en plus écrasante du fait même de ses violations de plus en plus obscènes : ne sommes-nous pas au lendemain des lois de Prairial ?).
-Révélatrice est l’importance du service d’ordre mis en place par l’Assemblée nale dès le début : en octobre 1789, on en était à 1 garde pour 20 parisiens (loi martiale, qui restera en vigueur jusqu’en 1793). (facilité par la Grande Peur)
- « Nous sommes ici par la volonté du peuple », avait proclamé Mirabeau. Mais s’il plaisait au peuple de se passer d’intermédiaire ? Tel serait l’embarras grandissant et souvent tragique au milieu duquel allait délibérer l’Assemblée et qu’aurait à supporter de plus en plus celles qui suivraient ».
- Selon H. Arendt, contrairement aux révolutionnaires américains qui entendaient par pouvoir le contraire même d’une violence naturelle, « les hommes de la Révolution française (...) convaincus que tout pouvoir devait venir du peuple, ouvrirent les portes du domaine politique à cette force naturelle et pré-politique de la multitude et ils furent balayés par elle comme l’avaient été auparavant le roi et les anciens pouvoirs ».
Bibi : pas du tout ! Ils ont résisté et tenu bon. Ce fut une vraie Révolution : la circularité de la Révolution est à réhabiliter...
- L’acte manqué : les Etats généraux S’IMPOSENT à ceux :
a) qui n’y ont jamais pensé : les philosophes
b) qui n’y ont aucun intérêt : le Parlement.
-En fin de compte, le mot « révolution » conserve son sens astronomique <à ceci près que l’on n’en revient pas exactement au point de départ : les efforts d’étouffement de l’insurrection laissent des traces ; on appelle cela la République.
La loi électorale de 1850, qui écartait les ouvriers du suffrage (et que Louis-Napoléon abrogera !), était une loi républicaine. En 1875, la méfiance des républicains à l’égard du suffrage universel ressurgira renforcée par les plébiscites triomphaux du second Empire,
-Renan exprime bien l’état d’esprit des tenants du traitement de 1789 comme lapsus:
« La société est une hiérarchie (...) Tous les êtres (même les animaux) ont des droits <fonction d’une interprétation « juridiciste » des DH>, mais tous les êtres ne sont pas égaux, tous sont membres d’un vaste corps, des parties d’un immense organisme qui accomplit un travail divin (...) La vie humaine deviendrait impossible si l’homme ne se donnait le droit de subordonner l’animal à ses besoins ; elle ne serait plus guère possible, si l’on s’en tenait à cette conception abstraite qui fait envisager tous les hommes comme apportant en naissant un même droit à la fortune et aux rangs sociaux ».
Il avait tout pour devenir un « républicain » façon Gambetta. C’es-à-dire pour qui la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen n’a été qu’un malheureux lapsus.
- Gambetta est l’héritier de ces « révolutionnaires » contre les « droits » de l’homme, qui ont surgi dès 1789. Son comportement en 1870 et par la suite en témoigne dans le détail. F. Bouthillon a montré comment, en cinq mois, son gouvernement de la défense nationale avait discrédité la République : échec aux élections de février 1871 (lui qui avait proclamé un mois plus tôt : « Aux armes ! Aux urnes ! »). Gambetta anti « droits » de l’homme, c’est : celui qui dissout les conseils généraux élus remplacés par des commissions nommées par les préfets ; les préfets tous changés ; les conseils municipaux de gauche dissous ; les préfets autorisés à se présenter à la députation dans leur département d’exercice ! <retour à la candidature officielle de l’Empire>.
-Nota : les « droits » de l’homme de 1789 sont in-tolérables pour une société, pour toute société. Et pas seulement pour une élite en place, une « classe dominante » (P. Bourdieu) voire une « bourgeoisie ».
Notamment parce que toutes les « classes » y ont trouvé et y trouvent leur compte, aussi par quelque côté (toutes les modalités de l’arrivisme en général).
Certes, ce qui est constaté en 1789, c’est un mode de gestion du groupe, mais dynamique, en marche, anti statu quo : (c’est peut-être par là surtout qu’elle fait penser à l’Evangile...)
Voir à « LES SEULES CAUSES... 3e république » à : Renan.
-Les « droits » de l’homme toujours « à côté » <de la plaque » ?>. C’est leur « irrelevancy », dont parlera un de leurs dénonciateurs, J. Bentham, ie leur incongruité. Bentham les traite non sans pertinence comme des propos sans à propos, des affirmations « déplacées ».
Ie on est très proche du lapsus, car même si les fallacies sont selon lui au service d’arrière-pensées tyranniques, elles ne semblent pas être pour autant simples forgeries délibérées ; elles tiennent aussi de l’évidence acceptée par tous ; (en 1789 : tout le monde lapse en même temps, en chœur. Et des criminels s’efforcent d’en profiter. Bibi : ensuite, après-coup ??..). Evidence pour laquelle les mots manquent (le lapsus ne dit-il pas avec d’autres mots, à côté, ce qui ne peut être exprimé dans un vocabulaire adéquat ? (cf. Le mot d’esprit & ses rapports avec l’inconscient ?). On serait assez proche de la catachrèse….
Certes, ne pas faire dire à Bentham plus qu’il ne le fait…
<Voir ( ?) in B. Binoche, Les critiques des droits de l’homme ?>
Au fond, avec le recul, on se rend compte que le traitement collectif des DH de 1789 comme lapsus à « effacer » a consisté, tout au long, depuis 1875, dans les « stés libérales-bourgeoises », en un usage plus « mémoriel » que véritablement historique de 1789. Que c’en est même une mise en œuvre exemplaire.
Au sens où M. Halbwachs distinguait la mémoire collective & le travail des historiens proprement dits. Alors que la mémoire collective travaille dans le présent. Alors que, en particulier, ses rites de commémoration s’inscrivent dans un rapport de pouvoir idéologique qui en est contemporain. Alors que ces rites témoignent de ce que certain(s) membre(s) ou sous groupes de la communauté ont su se placer, à l’égard des individus comme « entrepreneurs de mémoire ». C’est, nous semble-t-il, aux « entrepreneurs de mémoire » dont parlait Halbwachs que nous devons, depuis 1789, le travail continu quoique multiforme de discrédit cérémonieux de l’acte même de référence à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. La virtualisation de celui-ci, sa « rhétorisation », sa « platonisation ». Avec les effets corrélatifs de désamorçage du contenu de celle-ci (vrai programme, en France, des « Républiques » successives depuis 1875). À chaque époque, ces entrepreneurs ont su faire « nôtres », rendre recevables, aux yeux de la plupart des membres de la communauté nationale, des « mémoires » de 1789 aussi compatibles que possible avec ce que leurs intérêts élitistes avaient de foncièrement contraires. (Comme pour les guerres, ou les entreprises coloniales). L’entrepreneur de mémoire, c’est ce(s) surdoué(s) de la manipulation idéologique mémorielle qui parvien(nen)t à affirmer, par exemple grossier, sans risque d’être sérieusement contredit(s) : « mes chers compatriotes, pour vous comme pour moi, ie pour NOUS, Français, ce que nous célébrons sous le nom de « fête nationale », c’est le 14 juillet 1790. Ce n’est pas celui de 1789 –autrement explosif et instructif que la Fête de la Fédération mais ravalé ipso facto au rang de lapsus, ie d ‘émeute et presque de fait divers. Contre toute évidence proprement historique.
VA non référence ; DH & IIIe république
DH pas du droit et si la juridicisation des DH relevait du « mémoriel » ?
Au regard de la distinction épistémologique de Halbwachs entre mémoire & histoire, la question se pose de savoir ce que signifie la mention (de plus en plus fréquente, comme on sait) des « droits » de l’homme dans le droit positif (spécialement constitutionnel : en France, « bloc de constitutionnalité », etc.), autrement dit la lecture strictement juridique de l’expression « droits » de l’homme.
Car, enfin, cette mention fonctionne bien plus, nous semble-t-il, au présent, dans l’ordre des commémorations mémorielles, au profit d’un rapport actuel à l’exercice du pouvoir idéologique et symbolique, que comme référence à la vérité historique de l’événement en relation avec le contexte du temps, comme mise en situation de notre présent.
Il y a des juristes entrepreneurs mémoriels ? À commencer par ceux du Conseil constitutionnel ? Comme la lecture strictement juridique des « droits » de l’homme n’est pas d’aujourd’hui, il se confirmerait, à travers Halbwachs, qu’elle a partie liée avec la discréditation des « droits » de l’homme (contrairement à ce qu’affirment les juristes ; mais conformément au positivisme juridique kelsenien –lequel aurait simplement « craché le morceau ») : les DH, c’est de la morale et pas de la meilleure.
V. DH pas du droit
DH et IIIe république
DH & non référence
L’entreprise conçue par les employeurs comme un îlot privilégié dans l’océan de la « démocratie »
- Sur le « débordement « qu’a constitué le moment, la période de la Déclaration voir William Doyle, Des origines de la Révolution française, trad. Paris, 1988, p. 267 ss. « Conclusion » : « Décret du 11 août abolissant la féodalité & déclaration du 26 août 1789 Le décret du 11 août met en forme les acquis de la nuit du 4 août, vise à se concilier les bonnes grâces de la paysannerie : L’assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal... » (début). Sauf droit de chasse, servage et surtout le droit féodal fondamental de la justice féodale, tous les droits furent déclarés rachetables et devaient continuer à fonctionner jusqu’au rachat. L’article VI prévoyait la possibilité de création de nouveaux droits (rachetables). Dans les faits, peu de paiement effectif de la part des paysans, faute de coercition ; mais sur le papier, en théorie, le décret du 11 août n’était guère favorable aux paysans. <déjà un frein>
La destruction des privilèges provinciaux, jungle juridictionnelle a été décisive, mais elle a été décidée plutôt comme mesure corollaire de l’abolition des privilèges nobiliaires et ecclésiastiques que parce que les députés étaient convaincus du besoin impérieux de la prendre <il n’y a là de l’acte manqué>. C’était à l’opposé de ce que désirait la majorité des provinces.
Il n’y avait aucun désaccord entre députés nobles et bourgeois sur la question de la féodalité qu’ils auraient les uns et les autres préféré conserver, si les paysans ne leur avaient pas forcé la main (...) lorsque les Etats généraux se réunirent, il était impossible de cerner clairement quels seraient les principes de 1789 (...) La façon décousue, inconséquente, riche en coïncidences et parfois même presque fortuite dont furent formulés ces fameux principes reflète de façon assez caractéristique les origines mêmes de la Révolution. (...) c’est la crise économique qui déclencha parmi le peuple une activité politique ;(...) Les Français moyens en vinrent à attendre un soulagement imprévu (sic) de la part des états généraux (...) lorsque le soulagement escompté se fit interminablement attendre, ils perdirent patience et décidèrent de prendre les choses en mains. Ils acceptèrent les allégations des députés du tiers état, qui étaient après tout leurs députés, imputant ce retard à l’obstructionnisme des aristocrates. Lorsque le gouvernement <royal> , prenant enfin le mors aux dents, parut sur le point de faire basculer l’équilibre en faveur de ceux qui s’opposaient au progrès, le peuple de Paris intervint pour sauver de l’anéantissement l’Assemblée nationale à peine née. Peu de députés se réjouissaient de se trouver ainsi alliés à une force plus ou moins anarchique, mais lorsque les troupes resserrent leur étreinte autour de la capitale et de Versailles, ils n’eurent pas le choix (...) Le roi perdit confiance en sa propre armée, la Bastille fut prise ; Louis XVI capitula (...) la paysannerie profita de la situation et de la crise économique persistante pour rejeter les redevances seigneuriales. Les députés furent consternés (sic) par ce total mépris de la propriété, mais il n’y avait aucun espoir de rétablir l’ordre dans les campagnes sans accepter ce qu’avaient accompli les paysans. Par conséquent, malgré eux, les hommes de 1789 approuvèrent (sic) la destruction de la féodalité. » La révolution n’a pas été faite par des révolutionnaires ».
- Voir LES SEULES CAUSES POINT DE VUE DE L’ESPECE à « S. Moyn » (en note) : un exemple contemporain de son ignorance.
-C’est au 12 germinal que l’on est convenu en général de faire partir le détournement de la souveraineté du peuple au profit de factions, de représentants, d’élus qui prennent un caractère royal
- « L’oppression fut telle, en ce temps-là <pendant la Révolution>, que le Consulat et l’Empire apparurent comme les restaurateurs des droits de la personne (...) La doctrine d’absolutisme intégral, que Bodin avait développée au profit de la monarchie fut reprise par les hommes de la Révolution, au profit de la majorité parlementaire ( ?) (...) « la minorité est toujours coupable (Restif de la Bretonne) (...) la majorité a le droit de supprimer la minorité ».
- « révolutionnaires » dans la phase de « freinage », de remords ? Cas de Pétion Voir Bernanos, La Grande Peur des bien pensants (poche), p. 80-81. VOIR LES SEULES CAUSES LAPSUS
-V. « droits sociaux » Rancière contre Bourdieu ; traiter les droits sociaux comme « droits » de l’homme, c’est travailler au renforcement du pouvoir pour le pouvoir en enfermant la volonté émancipatrice dans le déterminisme social (toujours contingent) .
- Voir « droits sociaux », à « allocations familiales »
-« naissent et demeurent libres et égaux » inacceptable et noyau du remords : « la suppression des privilèges n’impliquait pas nécessairement pour ceux qui s’en firent les promoteurs, l’éradication de toutes les formes d’inégalités. C’était par exemple le cas de Condorcet ou de Mme de Staël (...) ils considéraient certaines inégalités comme acceptables : celles dont ils disaient qu’elles étaient naturelles » parce qu’indexées sur le talent ou la compétence <ceci est exactement la cible de Rancière & de la méthode Jacotot> (...) Plus de deux siècles plus tard, nous continuons de raisonner ainsi dans une certaine mesure... » » <bel aveu de l’actualité de la Déclaration de 1789>
Savidan et beaucoup d’autres échappent à la difficulté en cantonnant les « droits » de l’homme au juridique : « les inégalités de droit ne sont plus admises...mais on peut considérer qu’il en existe des équivalents fonctionnels (sic) (...) plus de nature sociale que juridique ».
Mais qu’est ce que c‘est que du juridique s’il ne s’ensuit pas du social ? Qu’est ce qu’une loi générale dans sa source et dans son objet si cela n’a pas d’emblée, par déduction de simple bon sens, des effets sociaux ? Qu’est-ce qu’une égalité juridique qui n’est pas sociale ? Ce n’est même plus une égalité juridique. <on retrouve l’increvable opposition du juridique & du social qui sous tend l’absurde promotion des « nouveaux droits sociaux ». Tant qu’on considérera les « droits » de l’homme « fondamentaux », de 1789, comme du droit, ie en continuité avec toute autre disposition juridique quelle qu’elle soit, tout « ajout » (continuïste donc, contrairement à une déduction) de droit social ou pas, équivaudra, au mieux à une prise de distance par rapport aux « droits fondamentaux », au pire à leur violation pure et simple.<c’est contre cette logique paradoxale d’un droit social se retournant contre les libertés fondamentales dès lors qu’il est traité pour lui-même -et l’anxiété qu’elle suscite- que se multiplient, en vain mais symptomatiquement, les nouvelles déclarations des droits de l’homme. Elles s’efforcent de formuler quelque chose comme du social universel. Et la quête de cette chimère les voue à traiter de dispositions par définition datées et localisées comme des vérités de fait pour tous les temps et tous les lieux, valant pour « l’homme en tant qu’homme ». Parfois jusqu’au ridicule>. V. « DROITS SOCIAUX ».
- Les DH comme lapsus : voilà qui, sous forme d’aveu involontaire, de « lapsus », laissent apparaître des hommes politiques auto proclamés républicains : « il règne en ce moment une ambiance malsaine (sic) de nuit du 4 août ».
- Louis-François Bertin, tirant les enseignements de la révolte des Canuts à Lyon Croix rousse, le 21 novembre 1831 :
« C’est aller contre le maintien de la société que de donner des droits politiques et des armes nationales à qui n’a rien à défendre et tout à prendre (...) Ne donnons pas de droits politiques, ni d’armes nationales à qui ne possède rien ; mais que nos lois continuent de plus en plus à donner à chacun le droit de posséder ».
- En 1795, l’an III, les « droits » de l’homme sont quasiment incorporés au texte de la Constitution du 5 Fructidor an III, comme si cela allait de soi, ie traités comme du droit
--àc’est cette constitution qui abolit le suffrage universel. (et supprime : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » : en somme l’essentiel).
- F. Gauthier voit bien une contre révolution mais en 1795 et de la part des « possédants » -ce qui est tout autre chose. Voir « pré totalitarisme » à « Gauthier »
- Avant 1789, le fonctionnement des loges maçonniques est largement élitiste, ne fait guère appel à la démocratie directe « Leur fonctionnement est largement dominé par des pratiques d’Ancien Régime (...) La patrimonialité des charges honorifiques, le pouvoir des dignitaires, l’exclusivisme social qui interdit de fréquenter dans la maçonnerie ceux que l’on ne rencontre pas dans la société ».
- « La méthode expérimentale élimine certains faits, en provoque d’autres, interroge la nature » (Pasteur).
« Dans les sciences, on n’arrive pas à faire coïncider le côté « construit » de toute expérience et la notion de vérité scientifique « les faits sont les faits » disait Bachelard (...) Dans ses papiers où il réfléchit sur son activité, Pasteur se demandait si le ferment lactique existait avant lui, s’il ne l’avait pas « créé » par ses expériences. En même temps, il n’a bien sûr, aucun doute sur son existence (...) En décrivant de façon réaliste cette dialectique de la recherche, je pensais avoir produit une analyse scientifique des sciences <ce que l’on nomme désormais Science studies> j’étais naïf : on m’a fait un procès d’irrationalisme, de destruction des sciences et des techniques ! »
- Les « lumières » n’ont pas seulement à être défendues contre des ennemis extérieurs : Dan Hind (The Threat of Reason. How the Enligthenment was hijacked and how we can reclaim it, Verso, 2008, non traduit). Hind se réclame de Kant : Lumières = entrée dans la majorité = avant tout autonomie de la pensée. Or ce sont surtout les Etats même démocratiques et les grandes entreprises qui s’efforcent de rendre impossible toute autonomie de la pensée -àce ne sont pas tant les gourous ésotériques, les fondamentalismes religieux ou les médecines alternatives qui menacent les lumières que la propagande -y compris sous la forme « douce » de l’appel à la compétence scientifique, à l’autorité, au profit sans limites ;
- « la vie des nations n’est menacée ou détruite que par l’internationale des ennemis de 1789 », écrivait J. Decour
- Thème du surgissement de l’éruption ou, au moins du dérapage :la séance de la nuit du 4 août commence par une communication de Target, selon laquelle il ne faut rien changer dans l’immédiat à la fiscalité et aux lois VOIR
Et même si, la veille, au Club breton, l’abolition des privilèges avait été évoquée par le duc d’Aiguillon (dans la ligne des physiocrates et de Turgot).
-Voir DESPOTISME ECLAIRE sur Kant, à « fouet ».
-Voir le système du Grand électeur » imaginé par le révolutionnaire incontesté Sieyès pour... neutraliser le suffrage universel –auquel il lui fallait se résigner en 1799, après le 18 brumaire : constitution de l’an VIII instituant le Directoire, œuvre de Sieyès, ne comportant aucune déclaration des droits (contrairement aux trois précédentes), inviolabilité du domicile art. 76), liberté individuelle (art. 77) ; droit de pétition (art. 83) ; irrévocabilité de la vente des biens nationaux (art. 93 94), ni liberté, ni égalité, ni fraternité (10 mai 1802 : rétablissement de l’esclavage aux colonies) ;
Supprimé en 1795 (dans une Constitution qui commençait par la proclamation des droits de l’homme en société –mais incorporés à la Constitution, ie traités comme du droit), le suffrage universel est rétabli, mais plus indirect que jamais : Sieyès a imaginé une pyramide de « notabilités » : des « communales » aux « nationales » en passant par les « départementales ». Autrement dit, un beau sabotage typiquement « révolutionnaire » du suffrage universel.
- E. Quinet : « les révolutionnaires n’ont jamais eu qu’un souci : « sortir de la Révolution sans en avoir l’air »
La Terreur est, selon lui, l’effet de la timidité des révolutionnaires. « Moins ils osent dans l’ordre moral <comprendre dans l’ordre intellectuel> plus ils osent dans l’ordre physique ». (V. chap. sur la « timidité des révolutionnaires » (sic), dans La Révolution de Quinet).
Bibi : une façon d’aborder la position défensive des révolutionnaires, à partir de 1789.
Pour autant, Quinet ne perçoit pas encore le retour sur acte manqué, le complexe de Pandore. S’il rejette les explications, alors dominantes, de la Terreur par la guerre extérieure, etc. qui sont autant de légitimations de celle-ci. Il l’interprète comme l’effet de choix « anti-révolutionnaires » immédiatement antérieurs à celle-ci.