Du mode d'existence des "droits" de l'homme (11)

Publié le par Michel M Piquet

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Utopiste, réformateur, totalitaire : c’est l’union sacrée contre la régénération.

La Révolution ou les «droits» de l'homme comme fait._

 

Ce n'est donc pas le contenu, l'objectif de la réforme, des réformes, une fois encore leur apparente et ostentatoire orientation vers l'avenir, qui mérite notre attention. Mais, dans son utopisme, l'acte même de réformer, sa répétition de plus en plus saccadée et frénétique, au fur et à mesure de ses échecs. Ou plutôt au fur et à mesure des manifestations de son impuissance à modifier effectivement quoique ce soit. Chaque réforme est un refus de la révolution, ou plutôt un évitement rassérénant de sa possibilité même. Et ceci, au sens politique du mot «révolution», aujourd'hui communément reçu. Mais aussi bien en son acception astronomique. Ce qui range jusqu’aux plus audacieux des héros du réformisme du côté de l’ordre. En même temps qu’à l’exact envers du mouvement révolutionnaire. Le projet «scandaleux» de suppression des jurandes, présenté par Turgot à Louis XVI en 1775, passe souvent pour progressiste, voire prérévolutionnaire[1]. Alors qu’il nous paraît être, au contraire, l’un des plus méconnus des grands textes contre-révolutionnaires ou plutôt anti «droits» de l’homme, puisqu’il équivaut à rien moins qu’une condamnation de fait du droit d’association[2]. Ceci ne tient pas directement à son contenu (assez proche, lui, des certains «droits» de l’homme de 1789, comme l’égalité devant l’impôt, par exemple), mais bel et bien à l’acte de réformer en lui-même. Cette suppression des réglementations corporatives se trouve, en effet, traitée à part, elle n’est incluse dans aucun ensemble (ce qui n’est autre que son caractère réformiste même). Turgot ne se réfère à aucun fondement de fait, qui, comme dans la Déclaration de 1789, placerait ce changement en confrontation avec d’autres exigences. Il lui faudra donc, à ce changement, le complément d’un autre[3], puis à celui-ci lui-même... et ainsi de suite. Succession de changements disjoints les uns des autres, ie de «réformes»[4]. Pilonnage confus qui induit des effets paradoxaux et incontrôlables, aussi inquiétants que la mise en cause d’un «droit» aussi fondamental que le «droit» d’association, et qui en neutralisent littéralement le contenu positif[5]. «Ecrivain parfois utopiste, (Turgot) envisageait d'abord les réalités politiques sous l'angle d'un exécutif tout-puissant (...) le modèle absolutiste demeurait le principal horizon des réformateurs ou (sic) des conservateurs des années 1770»[6].

On entend souvent nombre de réformateurs invoquer contre «la Révolution», outre «sa» prétendue violence, sa stérilité circulaire (à quoi bon la Terreur, si c'était pour en revenir à une monarchie napoléonienne? etc.). Pourtant, ce qui l'a toujours emporté intuitivement dans le passage réciproque du nocturne au diurne et dans la succession des saisons, bien avant et davantage que l'interprétation du mouvement des planètes, c'est le : «demain est un autre jour». Là est la portée partiellement mais authentiquement révolutionnaire de la métaphore astronomique de la Révolution. Le monde vécu y est à l'origine du monde connu. Bien moins que de répétition à l'identique, c'est surtout de changement d'ensemble qu'il s'est toujours agi : c'est toute la voûte céleste qui «se meut». Dans le géocentrisme ptolémaïque, il y avait répétition, mais non répétition à l'identique ou redite. Il en allait comme du retour du thème dans une mélodie. G. Ferrero a bien analysé cette répétition qui naturalise et légitime mais qui, par cela même, ajoute, apporte et va de l'avant.

Sauver par la réforme. Le fourmillement obsessionnel des prescriptions dans les récits utopistes et administrations totalitaires aura donc son écho dans la frénésie législative et réglementaire du réformisme. Déclinaisons de La Modification décisive sans limites assignables. Le réformisme promulgue une multiplicité de «lois» sur des matières qui relèvent du simple règlement (délais pour avorter, usage des halls d'immeubles, discipline scolaire, interdits vestimentaires «religieux», prescriptions vestimentaires scolaires : uniformes... etc.). Cette promotion proliférante du règlement de police ou de jardin public à la dignité de loi souligne combien, en chacune de ces réformes, l'enjeu à l'égard du groupe est décisif pour le réformiste. N’a-t-on pas vu, en France, le statut de certains fonctionnaires (enseignants) être incorporé à la Constitution ? Il s'agit d'entretenir à tout prix[7] la cohérence interne du système social ou plutôt de l’existant. C'est à celui-ci et à sa logique seuls que se réfèrent le réformateur et l'utopiste[8]. Ce qui n'a rien de bénin. Le grand thème utopiste du voyage[9], c’est aussi et surtout celui du retour. Car, pour peu qu'il échoue, totalement ou en partie, pour peu qu'il aille, comme on l’a vu, de réforme en réforme -ce qui est son mode d'échec propre- il n'y aura pas d'autre terme à l'alternative que l'inconnu : tout reprendre de zéro et, par hypothèse, à l'aveuglette[10].

K. Popper a souligné que le «projet» totalitaire de «changer l'homme» était un effet des essais de contrôle social. Or toute tentative de contrôle total des relations sociales est vouée à l'échec. En elle-même génératrice de nouvelles relations sociales, elle incite (le réformateur) à simplifier l'énoncé du problème en éliminant les différences : premier acte d'une doctrine de «l'homme nouveau». Ici encore, le réformateur vit avec son temps, sans le connaître pour ce qu'il est : mouvement, présent vivant. Son utopie est utopie parce qu'elle est construite contre ce mouvement. Le réformateur : dès le départ, un homme traqué, qui toujours joue sa dernière carte, le croit et/ou le prétend. Bref un dangereux, exposé à virer au forcené. Tocqueville savait que «le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d'ordinaire celui où il commence à se réformer»[11]. Il faut aller plus loin. La réforme n'est pas seulement dangereuse, et pas seulement pour un mauvais gouvernement. Chaque réforme qui échoue, chaque «réformette» qui aboutit, fonctionne comme un accumulateur-condensateur de violence. Chaque réforme comporte dramatisation, espérances de victoires, crainte de défaites qui valent nouvelles aggravations du vécu de la situation, donc de la situation elle-même. Si utopique qu'elle soit, une réforme se profile, s'engage et échoue toujours au profit de certains et au détriment d'autres. Le réformisme rend nécessaire la violence dans les remises en cause d'ensemble ou «révolutions» qu'il induit. Notamment lorsque, comme c'est souvent le cas, le récit utopiste-réformiste n’encourage guère à prendre la mesure de l'état réel des choses[12].


 

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La violence est celle de cette union sacrée. C'est elle qui éclipse la Révolution, la régénération, le fait des «droits» de l'homme. Comme si elle exigeait que lui fût réservée la qualité de «fait».

 

L’authentique modification d'ensemble «multifactorielle», appelée «Révolution» fera les frais cette violence thésaurisée (dont on lui attribuera la responsabilité). Elle n'aura même pas à la retourner contre elle-même. Ce n'est pas elle qui «dévorera ses enfants». Le principe de la révolution n'implique aucune violence nécessaire. Ceux qui ont voulu la définir par la violence ont manqué la révolution. Mais alors, comment, avec la réforme (religieuse ou profane), la violence éventuelle ne s'en trouverait-elle pas auréolée, comme gratifiée d'une allure de nécessité ? Et celle-ci ne la rendra-t-elle pas autrement plus dangereuse et assurée d'elle-même que le caprice d'un despote ? Il paraît qu'«on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs» (Lénine). Ici : «casser des oeufs» est surtout un argument, bien plus qu'un moyen révolutionnaire : la «violence» léniniste, soi-disant impitoyable et extra lucide, -qu'Oulianov préférait s’attribuer plutôt que de laisser voir qu'il la subissait pour une part- ce sera aussi la «N.E.P.». Ici comme là, la fin justifie les arguments. Et c'est un  motif supplémentaire pour envisager avec prudence les «droits» dits «sociaux» présentés comme «droits» de l'homme et programme de réformateurs[13].

Les réformateurs n'ont pas manqué avant 1789. L'histoire matérielle du livre laisse voir combien, à l'époque, l'utopie «ne porte pas en elle, coiffée du bonnet phrygien sous les lys, l'espérance révolutionnaire (...) elle participe aussi d'une réaction au rationalisme des Lumières, au même titre que le mesmérisme ou l'occultisme, florissants à cette époque»[14]. Qui étaient aussi très liés au réformisme. Faire de l'utopiste un révolutionnaire conscient relève donc d'une «illusion rétrospective du vrai»[15]. Et la Révolution française connut à peu près autant d'accès de terreur qu'il y avait eu, avant chacun de ces accès, de réformateurs-utopistes pour, en quelque sorte, ancrer l'esprit du temps dans la logique angoissée d'un présent ponctuel sans «rétension» ni «protension»[16]. C’est une (légitime) répugnance à la violence en général qui nous dissimule sans peine combien la variante «révolutionnaire» de la violence[17] est, au sein de la révolution, le symptôme en écho des multiples essais réformistes d'évitement qui l'ont précédée. Ou de ceux qui l'ont détournée (cf. supra le lénino-stalinisme comme arrimage défensif et obsidional à un présent). Les réformateurs ont logiquement payé un lourd tribu à la guillotine. C'est que le réformateur justifie les arguments par l'objectif  : autre face du même phénomène que nous ne développerons pas ici, mais dont nous aurons bientôt à souligner la portée «pré-totalitaire» que nous avons vu pointer jusque chez le «sage» Turgot.

Résistance au changement, à un changement réel, qui soit conforme au rapport des forces entre les groupes sociaux en cours d’affrontement, au «présent vivant» : l'évitement réformiste est un évitement de la démocratie. La réforme plutôt que la démocratie : tel est bel et bien l'enjeu réformiste. Haro sur les grands «principes» «formels». D’où ce procès fait souvent aux «droits» de l’homme de 1789 par des «réalistes» auto proclamés. En 1789, l'Assemblée nationale aurait négligé les problèmes aigus et immédiats du moment (le ravitaillement, les subsistances) en se consacrant à la rédaction d’une Déclaration. Ces bons apôtres des droits dits «sociaux» ne cessent de fustiger là un oubli du social et de l'économique, voire une diversion idéologique visant à calmer le bon peuple, éteindre la Grande Peur, sauver les châteaux, etc. Mais l’objectif «idéologique» est surtout, ici, de nous détourner du réel[18]. Tant il est vrai que ce travail de réflexion et de rédaction, au milieu des troubles, ce fut surtout le refus (inspiré) de la tâche, précisément réformiste, que le Roi avait prétendu prescrire à l’Assemblée (améliorer les lois fondamentales du royaume, réformer l'impôt, la procédure pénale, accroître la liberté de la presse) : ce refus, cette rédaction, cette Déclaration, c'était bel et bien déjà la Révolution.

«On ne mûrit pas pour la liberté»[19].  Dans son œuvre de 1793 -dont on comprend qu'elle lui ait valu les foudres de la censure[20]- Kant a probablement énoncé là une des phrases les plus pertinentes sur les «droits» de l’homme de 1789 comme fait, et non réforme. Autant dire qu’il a formulé la proposition révolutionnaire et démocratique par excellence. Car il y a là de quoi contrer les principaux présupposés de nombre de réformateurs d'avant comme d'après 1789.  Si aucune maturité n’est requise pour être libre, voilà de quoi contrer cette fixation réformiste au présent ponctuel inavoué comme tel -au nom d'un avenir indéterminé[21]. Et donc, il y a là comme un démenti à autant de prétextes, conscients ou pas, à suspendre la mise en oeuvre des principes démocratiques. A la hantise élitiste de la  «populace». A tout ce qui conduira sans surprise leurs héritiers, les «Idéologues», au soutien d’un coup d'état militaire (18 Brumaire). Toujours «provisoirement», bien entendu. De ce provisoire, qui est celui de la justification pré-totalitaire des arguments par l'objectif. Dont tout un chacun connaît de mieux en mieux le détail, depuis les «Lendemains qui chantent», le «Reich de mille ans», le culte pétainiste de la «patience», l'«intégration» colonialiste des peuples «en voie de développement», etc.

 


 

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Mais alors, en quoi donc peut bien consister une tentative non utopiste d’amélioration de la machine sociale ?

 

La violence foncière de la répression réformiste totalitaire des «droits» de l'homme vaut donc abandon de cela même qui est proclamé, de la possibilité même d'améliorer la machine sociale, la vie en commun, en repartant de l'homme tel qu'il est de fait. L'enjeu apparaît clairement si, lisant maintenant les choses «en grandes lettres», on s'intéresse, par exemple, au sous-développement. En cette matière, les esprits «éclairés» ont fait leur, depuis peu, la notion de «bonne gouvernance». Il s'agit de traiter la démocratie et les libertés fondamentales comme autant d'instruments du développement, (garantir les libertés individuelles, lutter contre la corruption, améliorer les conditions de vie des plus démunis, prévenir le terrorisme, etc.). C'est la logique du réformisme qui traite ainsi de la référence aux droits» de l'homme comme moyen en vue d'une fin. Mais cette instrumentalisation ignore l'acquis de l'expérience totalitaire. Qui est propre aussi bien à la vie quotidienne sous un régime de ce nom qu'au vécu du dénuement sous un régime «libéral» («l'exclusion»). C'est ce que A. Sen met éclaire -de son côté et avec ses raisons : la pauvreté extrême n'est pas «autre chose» que l'oppression et, réciproquement, «la liberté est la fin du développement, mais elle est aussi son principal moyen». La conception bonne gouvernante-réformiste de la démocratie, c'est la démocratie contre la pauvreté (comme le despotisme éclairé de Catherine II était «contre» la torture et propageait le servage).

La démocratie renvoyée par l'horreur totalitaire à sa référence , au fait des «droits» de l'homme, c'est la démocratie à la place de la pauvreté extrême. Car celle-ci, au même titre que l'horreur totalitaire, n'est pas ce qui s'analyse en termes monétaires -l'exclu ou le déporté ne manquent pas vraiment de monnaie ou de travail ! Pas plus l'une que l'autre ne sont, par conséquent, susceptibles d'une amélioration ponctuelle isolée. Force étant de constater, nous semble-t-il, que l'une comme l'autre, pauvreté extrême et totalitarisme «se défini(ssen)t par la privation des capacités élémentaires, c'est-à-dire des libertés fondamentales» : atteinte totale, la pauvreté extrême est totalitarisme. La «bonne gouvernance» est le résidu de l'illusion réformiste une fois que celle-ci est passée au feu du totalitarisme et du fait des «droits» de l'homme.

Avec les «droits» de l'homme et donc la définition de la révolution qu'ils appellent, il s'agit de trouver les «indices» -au moins- de ce que l'homme fait de son humanité dans l'histoire. En ce sens, il est révélateur, que certains des interprètes de la Déclaration de 1789 aient souligné sa banalité. Tantôt à titre critique, tantôt avec faveur. C'est après force débats qu'en 1789, les auteurs de la Déclaration en vinrent à renoncer au mot : «évidemment» dans la définition de la liberté[22]7. L'Assemblée nationale redoutera que le 2°du projet d'A. de Lameth («la loi ne peut défendre que les actions évidemment nuisibles à la société...») ne transforme chaque individu en «juge de la loi», en fonction de son évidence à lui -ce qui lui enlèverait toute force. Et le risque était, en effet, digne de considération. Mais la suppression de : «évidemment» va plus loin, et on a là un échantillon frappant de la lucidité par anticipation, et comme à leur insu, des rédacteurs. Sur le point fondamental, qui est celui de l'autorité de la loi, c'est l'impossibilité d'une déduction des «droits de l'homme, conçus non comme de l'ordre des faits, mais comme déduits du «fait» prétendu que l'homme aspire à sa propre conservation, c'est-à-dire de ce que Pufendorf et Wolff nommaient des «jura connata» inscrits dans la «nature humaine universelle».

Ecrire « évidemment » n'aurait-il pas été prétendre se placer comme en dehors ou au-dessus de l'évidence factuelle et, du coup, enlever au texte dans son ensemble, quelque chose de son évidence nécessaire ? Pléonasme négatif (il en ira autrement dans l'action politique effective, lorsque celle-ci aura à formuler sa référence aux «droits» de l'homme[23]). Aussi bien est-ce avec une sorte de clairvoyance involontaire que l'adversaire Bentham critiquera le caractère simple et donc incontestable -selon lui à peu de frais[24]- des «droits» et du Préambule. Cette banalité n'est-elle pas précisément celle qui s'attache à tout constat?


 



[1]  Ce sera d’ailleurs l’avis de Louis XVI lui-même, s’agissant du projet de Turgot sur les Assemblées provinciales.

[2] En anticipant la victorieuse contre offensive libérale de la loi Le Chapelier.

[3] Ce sera, moins d’un mois plus tard, le projet d’assemblées consultatives (Mémoire sur les municipalités).

[4]  Ce sera un point important de la critique utilitariste des «droits» de l’homme que de prôner la réforme, c’est à dire la lenteur, le provisoire, le ménagement des individus. Et Bentham de reprocher aux auteurs de la Déclaration «le vieux désir de régner sur la postérité», de «se prétendre plus sage que la postérité lointaine», en se souciant d’«établir des lois fondamentales». Dénégation de toute instructivité des échecs autre qu’un attachement précautionneux à l’utilité à court terme du présent («ne point sacrifier d’intérêts actuels»)  -voire de toute histoire. Bentham, Rights, Representation and Reform..., Oxford, 2002. (cité par B. Binoche).

Il va de soi que cette vision de la réforme au jour le jour sans principes s’accorde parfaitement avec la juridicisation des «droits» de l’homme.

[5] Ce que ne manquera pas d’exploiter le Parlement (voir le second discours de Séguier lors du Lit de justice pour l’enregistrement de cet édit (12 mars 1775).

A comparer  avec : «...tout le monde peut se déclarer auto entrepreneur et pas uniquement des personnes qualifiées». P. Martin, président de l’UPA (artisans), février 2009.

[6] J. Solé.  On rappellera que Turgot fit interdire par un arrêt du Conseil tous les écrits publiés contre son édit... Et même certains qui voulaient lui être favorables (par ex. La Diatribe à l’auteur des Ephémérides  de Voltaire). Nous soulignons.

[7]  Et notamment au prix d’une destruction du droit par illisibilité.

[8] En prêchant, les saint simoniens entrent en communion avec la vie paysanne, participent à des fêtes pour faire tomber la pluie... V. J. Rancière, «Le Territoire de l’utopie», Courts voyages au pays du peuple, Paris, 1990. P. 35 ss.

[9]  Qu’il soit fictif ou effectif, J. Rancière, ibid. «voyager, c’est faire coller les discours avec les faits, démentir les moqueries de la bourgeoisie».

[10] L’état actuel du monde scolaire et universitaire français, après quelques décennies de pilonnage  «réformiste» et parfois utopiste, donne une idée de ce résultat.

[11] A. de Tocqueville, L’Ancien régime et la révolution, Livre III, chap. II. Et quel besoin de réformes aurait un «bon» gouvernement ?

[12] Ainsi qu'il en fut, avant 1789, du fameux déficit public à l'origine de la convocation des Etats généraux, et qui a plus d’un lien avec la logique terroriste. Mais dont, surtout, l’évaluation exacte fut fort laborieuse. Et dont on sait aujourd'hui qu'il n'était pas le plus alarmant dans l'Europe du temps. La pression fiscale était supérieure en Grande Bretagne -pour ne pas parler de l’état des libertés publiques et individuelles.

[13] Voir « Quelques remarques sur la qualité juridique des droits de l’homme ».

[14] « Nouveautés : les utopies », in Histoire de l’édition française, tome 2, «Le livre triomphant», Paris, 1998, p. 231.

[15]   Ibid.

[16]  « Lebendige Gegenwart » (E. Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, trad. Paris, 1967).

[17] Les prises de bastilles, les décapitations, fusillades, procès, séquestrations, guerres et massacres au nom de la Révolution.

[18] De ce qu’on nommait jadis les «rapports de classe».

[19] Kant, La Religion dans les limites de la simple raison, note, trad. Paris, 1970,

[20] Et qu’elle révulse nombre de nos contemporains «éclairés».

[21] Telle qu’elle apparaît bien résumée et déclinée, par exemple, chez Condorcet : Attachement à la monarchie; idéal symptomatique du monarque «éclairé» (que Condorcet, dans un texte très «utopiste», décrit comme un automate); hostilité à la convocation des Etats généraux; attention extrême portée à la politique d'instruction publique (récits utopistes à l'appui) & aux modes de scrutin comme à autant de «remèdes» à l'immaturité présente du peuple. Contrarier aussi longtemps qu'il sera possible la constitution de majorités viables (représentation proportionnelle) sous le prétexte (mathématiquement justifié, mais politiquement pernicieux) de l’impossibilité de toute représentation («paradoxe de Condorcet»). Mais surtout sous celui, beaucoup moins démontrable -quoique inusable- que majorité = Terreur.

Comme si, s’agissant de la terreur une analyse politique rudimentaire, à l’écart des mathématiques, n’aurait pas pu lui laisser soupçonner que l’entrée en guerre dont il se déclarer partisan allait favoriser les mesures d’exception en quoi cette terreur allait consister (argument de Robespierre).

[22] A rapprocher de l’article «Evidence» de l’Encyclopédie, œuvre de Quesnay : évidence de la loi naturelle.

[23] A. Lincoln et l'esclavage.

[24] Les «platitudes éculées» des «oracles» de 1789.

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