Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 11:37



« On a entamé la suite de l’examen

de la Déclaration des droits (...)

nous tâcherons d’éviter à nos lecteurs

l’ennui mortel que ces discussions

nous ont occasionnés ».

 

Le Nonciateur, 21 août 1789.

 

 

 

 






Les droits de l’homme ou les inconnus célèbres

 

Ce blog est ouvert à l’intention de tous ceux qui s’attachent à la recherche d’une définition rigoureuse des « droits de l’homme ». Qui estiment que, pour en constater l’impuissance, en vitupérer l’abstraction, voire en décrire la nocivité ou les bienfaits, il convient de s’assurer d’abord que nous parlons tous bien de la même chose.

 

Je me propose d’en exposer d’abord une première approche sous la forme d’un texte simple de quelques pages (lettre ouverte à l'un des plus notables spécialistes de la question, rédigée à l’occasion des émeutes dites de banlieue parisienne).

 

Celui-ci sera suivi d’un plan, très provisoire, constituant une liste des angles d’attaque du sujet qui, chemin faisant, me sont apparus correspondre aux principales obscurités de la notion de « droits de l’homme » sur lesquelles je travaille aujourd’hui
(par exemple : droits de l’homme & droit ; droits de l’homme & droit naturel ; droits de l’homme & libéralisme ; droits de l’homme & droits sociaux ; droits de l’homme & démocratie ; droits de l’homme et tradition ; droits de l’homme & individualisme, etc.) Sorte de « table des matières » de ce blog.

Ce seront les "catégories" de ce blog  

Tout ceci ayant évidemment un caractère provisoire. Vos contributions, nos échanges et la suite de nos recherches décidera de ce qu’il y aura lieu de modifier, d’ajouter...

Merci de votre attention,

 

Michel M. Piquet 


 

 

 

LES DROITS DE L’HOMME NE NAISSENT PAS DANS LES CHOUX

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR PIERRE MANENT,

PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE POLITIQUE

 

 

 

 

Monsieur le Professeur,

                                   

 

 

Soit l’incrimination chronique d’une idéologie des « droits » de l’homme.

La thèse est persistante selon laquelle leur « fonction » serait  de rendre le groupe ingouvernable à partir de ce que la Déclaration de 1789 contiendrait de « déliaison ». <« l’impouvoir » selon M.Gauchet (Le Débat)>. L’idéologie des dh serait le fait de ses défenseurs, tiendrait donc à son contenu, auquel se réfèreraient ses « idéologues »..

 Je ne parviens pas à faire mienne cette analyse.

Nul ne peut contester que les « droits » de l’homme fassent l’objet d’une exploitation idéologique ! Mais, à mon sens, « idéologie des DH » , cela désigne plutôt l’effort tenace et plus de deux fois séculaire de tous les pouvoirs (à commencer par les pouvoirs dits révolutionnaires) pour s’épargner, contre la Déclaration de 1789, toute tutelle, garde fou ou contrôle qui s’en inspirerait. –parce qu’elle a posé la nécessité et les modalités d’un tel contrôle..

Tous les partis qui se sont succédé aux affaires à compter de 1789 me semblent avoir agi dans la hantise de cette Déclaration -qui avait surgi comme par inadvertance, le vilain petit canard, devenant aussi encombrante qu’un acte manqué .

La Révolution, et ses dérapages (Terreur) ce n’est pas une idéologie qui « vrillerait sur elle-même, en vertu d’une sorte de vice propre »  <ultimement, du fait de la vésanie paranoïaque de cette idéologie et des idéologues révolutionnaires jacobins (selon Burke, Taine) et/ou « droitdel’hommiste » -et à long terme lénino-staliniens>.

Ainsi repère-t-on assez facilement des réflexes pré totalitaires, pré « terroristes » chez tous les  Révolutionnaires  dès lors qu’ils ont à portée de main les leviers du pouvoir en place <Condorcet fait brûler des archives sur la place Vendôme, c’est lui qui met aux voix la déclaration de guerre, ie. le plus intellectuel-philosophe de tous n’agit pas en tant qu’intellectuel, conformément à une philosophie personnelle>.

N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que A. Cochin avait bien montré –et que Furet, lui, n’a guère souligné ni même compris, semble-t-il ?Dans les « clubs » et chez ceux qui sont censés s’y être formés, ce n’est pas la philosophie des lumières ( ?) qui décide <c’est par exemple, note Cochin, le fait de veiller plus tard que les autres : où est la philosophie jacobine -ou pas ? les « philosophes mécanistes » qu’accuse Burke ? ; c’est aussi l’alcool>-àc’est un comportement intellectuel ou plutôt mental, et non pas une doctrine de changement de la nature humaine <cas exemplaire de Robespierre plaidant en 1791 contre la peine de mort... pour défendre la délation, autrement dit, en vrai terroriste conséquent. Et peut-être plus encore de Duport en 1789 : dès le lendemain de la Déclaration dont il a été un des principaux rédacteurs, ce sourcilleux juriste préconise la violation des libertés fondamentales,  pour des raisons politiques de préservation du pouvoir en place. A l’exact opposé de sa « doctrine » ; mais, me semble-t-il bien en accord avec le fonctionnement des clubs –dont il était d’ailleurs devenu spécialiste dans son hôtel du Marais. Comparativement, la portée de la pensée « réactionnaire », « contre révolutionnaire », « traditionaliste », proprement dite contre les « droits » de l’homme, son efficacité à cet égard semblent avoir été marginales. Elle pose un problème d’évaluation, de canaux d’influence qui reste à résoudre <qui a lu Lagarde ou Vacher de Lapouge ne s‘engage pas pour autant dans la Gestapo. Quand, en revanche, J . Ferry parle colonisation et races supérieures au nom des droits de l’homme, c’est infiniment plus grave et déterminant.

Le « droitdelhommisme » trouve son expression dans la multiplication des droits sociaux. Or cette multiplication dégénère souvent en une « confusion ». Et celle-ci n’est guère innocente. Car on ne saurait mieux faire pour discréditer les DH que les assimiler à des exigences aussi peu réalistes... C’est cela aussi et surtout l’idéologie des DH : un vieux combat contre 1789.

    Précisons. Votre Cours familier de philosophie politique (p. 180) donne raison à Marx : « la liberté de l’homme moderne est celle d’une monade isolée, repliée sur elle-même ». Le fait même que les femmes puissent vivre déliées, sans lien conjugal sans rencontrer la désapprobation de l’opinion, confirme que la logique des DH est bien une logique séparatrice et « individualisante ».

Je dirais plutôt que, à travers même les droits sociaux (au bénéfice notamment de la condition féminine), - les « droits » de l’homme travaillent à une logique de la refondation du lien social sur le choix libre.

A travers. J’entends par là que c’est à la condition stricte qu’on ne confonde pas ces droits sociaux, qui sont des dispositions juridiques, avec les « droits » de l’homme qui n’en sont pas. Traiter juridiquement des « droits » de l’homme : là est le fossé entre référence sincère aux « droits » de l’homme & « droitdelhommisme », c’est le criterium de leur opposition. 

Et dans ce cadre rigoureusement délimité, les dispositions juridiques, lois, etc. inspirées par le contenu de 1789, déduites de ses « articles » expriment bel et bien, dans leur contenu, une logique de lien, de liaison et nullement une logique étroitement individualiste de la déliaison pour la déliaison. L’absence de désapprobation du groupe manifeste bel et bien ce nouveau type de lien fondé sur le libre choix. Si c’était déliaison pour la déliaison, il y aurait précisément désapprobation, au moins émotion (voir les s.d.f., ; délinquance et autres comportements -eux strictement égocentrés).

Le problème et le paradoxe de la vitupération du « droitdelhommisme », c’est donc que les droits qualifiés étourdiment de « sociaux »- qui ont souvent, en tant que tels, en tant que droits, des effets individualisants, des effets d’indépendance, des effets « séparateurs » (P. Manent)- y sont traités sur le même plan  que les « droits » fondamentaux. Qui n’ont, eux, ni ces effets, ni ce contenu « séparateur » (ils sont des droits de la citoyenneté). Lefort a raison contre Marx : les DH ont des effets « liants ». mais j’objecte à Lefort que ce n’est vrai et assuré que des « droits fondamentaux ». Les droits sociaux, qui sont, eux, du droit déduit des « droits » fondamentaux, ont nécessairement un  rapport plus indirect (mais réel) avec le groupe, la citoyenneté, le lien –d’autant qu’on est tenté de les considérer chacun isolément  comme la disposition d’un code. (selon que vos isolerez tel article du Code de procédure pénale ou tel autre, vous aurez des effets séparateurs ou liants, vous aurez l’homme « séparé de la collectivité » de Marx ou la collectivité écrasant l’homme).

      La critique de Lefort ne tient que s’il n’intègre pas les droits sociaux dans les « droits » de l’homme.

Contre le mythe  de l’individualisme et de la déliaison : la société immédiatement issue du libéralisme est la négation du principe de l’atomisme libéral : il est l’infraction à ses propres principes, la non référence à ses plus élémentaires définitions, leur contournement instantané.

On en a un bon exemple avec les clubs anglais et les cercles français proliférants en France : « des tribus partout (...), une profonde culture clanique. Dès le lendemain de la Déclaration, l’offensive contre les DH s’appuie sur l’entretien d’un malentendu volontaire quant au contenu de celle-ci. Dans leur vrai contenu, les DH  rappellent à tout un chacun que la désaffiliation est  l’instrument de domination des « sur affiliés » que sont les vrais libéraux -ce que s’efforcent de dissimuler les discours envahissants selon lesquels la désaffiliation, l’individualisation, l’atomisation, etc. affecteraient toutes les couches de la sté. « Contrairement au reste de la sté ( pas d’accord !) la famille reste pour <les membres des clubs et cercles> au cœur du dispositif de la transmission (...) », nous précisent des sociologues. « Même  s’ils  votent par députés interposés la simplification du divorce <et surtout, bibi, puisque c’est pour les autres !>, ils valorisent pour eux-mêmes la famille élargie au gré de savantes et louables alliances. Les grands ont de grandes familles. D’après nous, ils se concoctent là un ultime ( ?) privilège : il y aura à terme, au sommet de la sté, des familles solidaires (pas sans problèmes mais solidaires) avec un système complexe  de sur-affiliation, et dans le reste de la sté une désaffiliation généralisée. Le cercle  <ou le club> en est la manifestation : on y pratique un collectivisme bien pensé. De l’extérieur, on croit que l’individualisme est leur credo sur le mode « concurrence, marché, compétitivité », ce n’est vrai qu’en partie. Dans la vie quotidienne et sociale, ces gens ont un sens aigu de l’intérêt du groupe et de l’entraide (...) les femmes, les mères sont écartées des cercles, mais organisent rallyes ou accompagnent les enfants dans les activités sportives. Elles maintiennent ainsi une sélection sociale sévère des relations des jeunes qui côtoient à l’école des enfants de milieu populaire ou de la bourgeoisie récente».

 

L’enjeu de cette divergence ?

La question de savoir si l’on peut encore se référer à cette Déclaration ?  Ce qui semble exclu chez M. Gauchet, par exemple.

S’en prendre au droitdelhommisme comme s’il exprimait le contenu des « droits » de l’homme, c’est donc renforcer son emprise idéologique, c’est rompre avec les droits de l’homme.

Les « droits » de l’homme m’apparaissent à l’exact opposé du fantasme d’un pouvoir  démagogique de l’homme sur sa « nature ». Le non respect des « droits » de l’homme permette à celui-ci de manifester ce pouvoir créateur en revendiquant sans cesse des « droits toujours nouveaux » (sic). «...les démocrates avancés, en qui ce pouvoir <général de l’homme sur sa propre humanité> suscite un enthousiasme particulier, et qui donc supportent impatiemment les moindres contraintes des régimes dont ils sont citoyens, ont fréquemment montré une faveur marquée aux régimes exotiques les plus sanglants ». Le constat cde cette contradiction, de ce paradoxe me tracasse. Chaque fois que je me suis intéressé à ces thuriféraires des « droits sociaux », j’ai cru constater qu’ils s’accommodent des misères et horreurs exotique en bafouant aussi les « droits » de l’homme « à la maison ». A commencer par Voltaire chez qui l’engagement pour Calas et Sirven sont l’arbre qui cache la forêt d’un arrivisme élitiste et même féroce. Qui ne respecte pas les « droits » de l’homme en Thailande, les enfreint tout autant, une fois revenu à Paris –même s’il est vrai que c’est nécessairement sous d’autres formes, selon d’autres modalités et souvent « à bas bruit ». 

Enfin, la référence aux « droits » de l’homme -elle être assimilée à une création incessante de droits nouveaux ? En revanche fantasmer sans limite assignable sur des droits « sociaux » abusivement identifiés à des « droits » fondamentaux :oui.

 

 

« Les bons exemples

naissent de la bonne éducation,

la bonne éducation des bonnes lois,

et les bonnes lois

de ces tumultes que beaucoup condamnent »

 

Je crois donc pouvoir affirmer

 

1° que la forme française de la République réunit inséparablement, dans son événement fondateur, une violence et des principes.

La violence, c’est celle qui a précédé, accompagné et immédiatement suivi l’émeute du 14 juillet 1789.

Les principes, ce sont les « droits » de l’homme du mois d’août suivant.

 

2° que cette violence est, elle aussi, en quelque sorte principielle. Elle est un peu comme le dynamisme propre de la République. Car enfin cette République, elle est aussi faite de toutes les éruptions sociales, émeutes, révolutions des deux derniers siècles. Très largement autant que des gouvernements et assemblées qui n’ont à peu près jamais cessé de s’ingénier à freiner ces violences populaires, à les détourner ou « trahir », -retardant d’autant la mise en œuvre réelle des « droits » fondamentaux.

Dans notre France si indulgente aux escrocs de haut vol, où un cri contre un ministre est puni de six mois de prison ferme, mais où la pose d’écoutes téléphoniques vaut simple condamnation avec sursis aussitôt amnistiée, on voit bien que la hantise de la désobéissance passe avant la référence éclairée aux « droits » de l’homme. Et que celle-ci est d’autant plus timide que celle-là est mieux partagée.

D’où, sans doute, lors des émeutes dites des banlieues, cette insistance des honnêtes gens sur la jeunesse des émeutiers, sur la responsabilité des parents, etc. Elle incitait à sacrifier à l’ordre pour l’ordre.

L’obéissance n’a en elle-même rien de républicain. Deux désobéissances sont plus spécialement odieuses aux amoureux de l’ordre : celle des militaires et celle des enfants (deux populations violentes). Or que célèbrent les républicains français ? La mutinerie des gardes-françaises, le refus d’obéissance du général de Gaulle et l’effronterie de Gavroche. Où en serait la République si Gavroche et de Gaulle avaient obéi l’un à ses parents l’autre à ses supérieurs hiérarchiques, si l’un était resté à la maison et l’autre à Bordeaux ?

 

3°que sous ces DEUX aspects, quant à son ordre de violence comme quant à ses principes, la République n’a pas respecté ses propres « valeurs ».

Loin d’avoir, comme vous le dites, surestimé la souplesse de notre forme politique républicaine, nous avons fait peu à peu litière de ce qui fait son contenu, sous ces deux aspects. (et ce n’est pourtant pas faute d’avoir à nous confronter à une religion de l’hétéronomie–spécialement en banlieue). Tant et si bien que la République a effectivement perdu la plus grande part de sa capacité d’intégration. Celle-ci s’évanouissant en même temps que sa cohérence pratique. Car ce ne sont pas les communautés politiques sûres d’elles-mêmes et de leurs principes, capables de les exprimer avec clarté et de les pratiquer au jour le jour qui échouent à intégrer, ie. d’abord à produire chez les autres le désir d’intégration. Ce sont celles dont les membres font la moue à l’évocation de leurs propres valeurs, alors même qu’ils n’en ont même plus une connaissance claire.

 

Deux formes, donc, d’infidélité de la République à elle-même :

-Quant aux principes. Non pas tant que les « droits » de l’homme aient été violés, ce qui est banal, et surtout relatif : on peut toujours y voir comme un hommage à ce qui est enfreint. Mais en France, il s’agit bien plutôt d’ignorance, de dénégation massive de leur contenu de 1789. Ces dernières semaines, les discussions n’ont guère porté que sur les modalités de la répression. Et non seulement chez l’autorité en place –ce qui eût été logique- mais dans l’ensemble du monde politique. Cette colère ne pouvait pas être une pierre apportée au débat républicain. On a bien voulu lui chercher des causes, mais un sens jamais. Telle un cyclone, elle n’avait vocation qu’à cesser inconditionnellement. Le recours à l’armée n’a été écarté que du bout des lèvres. 

C’est que, depuis bien longtemps, à vrai dire, entre deux proclamations emphatiques sur les droits de l’homme, chaque Français vit au jour le jour comme s’ils n’existaient pas. Comme s’ils s’étaient fondus dans la brume d’une vague revendication égalitaire d’ordre émotif et compassionnel. La presse politique quotidienne en est une inépuisable poubelle d’exemples. Le Garde des Sceaux qui invitait récemment les parlementaires à cautionner une loi pénale rétroactive ne fut incriminé que pour avoir porté ainsi atteinte à la Constitution. Nul ne rappela qu’il y avait d’abord là atteinte aux « droits » de l’homme, dont cette constitution n’est qu’une émanation parmi d’autres. Autre échantillon : la diminution du nombre des tranches de l’impôt sur le revenu est en infraction avec la règle de la progressivité posée dans la Déclaration de 1789. Et on ne peut pas dire que cela ait fait les gros titres.

 

- Une méconnaissance, une ignorance non moins profonde et candide s’est fait jour de la place de la violence, du hors la loi, de la désobéissance dans la République. Tout suggérait pourtant qu’il y avait –aussi- dans cette violence des « cités » (sinon chez ces violents pris individuellement), un appel au respect de ce qui n’est pas respecté. Peut-être même le dernier appel avant que l’Ordre trop largement souhaité pour être républicain ne règne partout, celui des intégristes ou des trafics maffieux. Il y a eu des malfrats, dans ces troubles –belle découverte !- mais aussi de l’amour déçu pour la République : et c’est évidemment une marque d’intégration. Il serait purement démagogique de prétendre que ce sont des républicains conscients qui ont brûlé les voitures. En revanche, ce furent bien des banlieusards de la république avec leurs truands, leurs fous, leurs braves types en colère, leurs provocateurs, etc.

 

 

Il y a un ordre républicain, mais trois générations de chômage, si c’est bel et bien une espèce d’ordre parmi d’autres -ne serait-ce que parce cela dure-, il n’est pas très républicain. Je plaide pour que l’on  n’oublie pas que  tous les ennemis de la République ont été du côté de la discipline. Aussi bien, dans les quartiers connus pour être « tenus » par les islamistes », a-t-on pu observer que les voitures et les écoles ne brûlaient pas…

 

P.S. Quant à l’école instrument d’intégration  (celle du Cheval d’orgueil…) : ce n’est pas la République qui a besoin de l’école pour se faire connaître et aimer, c’est l’école -entreprise à la légitimité toujours fragile- qui a eu besoin de la république

Ce n’est pas l’école qui fait comprendre la République, c’est la République qui, du moins pendant un temps à présent révolu, a fait accepter le tri social en quoi consiste et a toujours consisté sa mission–dès sa « strate anthropologique »

 

Je vous remercie, Monsieur, de votre attention.

Michel Piquet.


 

 

1 Droits de l’homme & totalitarisme à l’état naissant

 

Quelle totalité pour le totalitarisme ?

Quand la fin justifie les arguments

Peine de mort

Paradoxes d’un discrédit. 

Y a t-il une idéologie des droits de l’homme ? <M. Gauchet> (1°)

 

2 « Droits » de l’homme & droit

 

« Formalisme » des « droits » de l’homme & positivisme juridique

Qu’est-ce qu’une Déclaration ?

« Droits » de l’homme & droits « sociaux » <dignité> <Droit à la vie

Les « droits » de l’homme, l’Amérique et nous

Droit de propriété

Droits et devoirs (1°)

 

3 « Droits » de l’homme de l’ordre des faits

 

« Droits » de l’homme & tradition <% droit des gens>

Un préambule ?

Déclaration =lapsus? (1°)

Un contrat social ?

« Droits » de l’homme & droit naturel

Tolérance & « droits » de l’homme

Elimination & non référence

 

L’in-descriptible

L’expérience totalitaire comme leçon d’anthropologie négative < « naturalité » humaine ?>

Les « droits » de l’homme sont-ils un humanisme ?

« Droits » de l’homme comme mode de gestion du groupe <=/ Gauchet (2°)>  <idée de « nation »> <la séparation des pouvoirs ?>

 

4 La Déclaration de 1789 comme acte manqué (2°)   

 

Sur le « libéralisme » des « droits » de l’homme.

L’égalité

La représentation

Sur l’individualisme

Le point de vue de l’espèce

Droits et devoirs (2°) <Gauchet (3°)>


NOTES
Et je n’en écarte pas la Question juive de Marx dont la défense récente par N. Ben Saïd ne me convainc guère.

bibi : les clubs n’étaient pas des académies, c’était des cercles politiques où l’on s’entraînait et s’encourageait à justifier les arguments par l’objectif  <à la manière de Voltaire> voir chez Cochin en détail).

Le même jour que son projet sur l’instruction publique. Hurler avec les loups est évidemment décisif dans de telles circonstances.

Comme Paul Valéry, par exemple, qui en fut l’assistant secrétaire.

Ainsi le Code civil qui a coupé la France en morceaux (Tocqueville).

C’est d’ailleurs l’une des raisons (obscures, informulées) pour lesquelles le cas des « exclus » (SDF, etc.) est si peu évoqué dans la philosophie politique, et gêne considérablement les « élites » autoproclamées. Certes, l’augmentation du nombre et de la visibilité des « sans abris » témoigne de ce que la désaffiliation est un risque (croissant), tragique, -et en cela certains peuvent espérer calmer les ardeurs revendicatives. Mais d’un autre côté, il est très évident pour tous que cette augmentation se fait à la marge : elle est donc le démenti expérimental du discours proliférant selon laquelle nous vivrions une dans une sté de désaffiliation généralisée –(notamment du fait de droits de l’homme individualistes). Le SDF c’est celui qui est ramené à la désaffiliation vraie (celui dont l’affiliation ne se confond pas avec la désaffiliation psychologique, politique et morale tant évoquée et si complaisamment). Tout cela incite le commun des mortels au repli sur un collectif clanique (type famille, « bande », etc.) bien plus que sur l’individuel présenté, à juste titre,  comme une dérive. 

C’est dans toutes les « classes » que le repli se fait non point sur l’individu, mais sur la famille et le clan, même éclaté : le nombre de mères seules chez qui vivent les jeunes adultes dans à peu près tous les milieux de chaque côté de l’Atlantique au moins !

M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot (Laboratoire des cultures et stés urbaines, CNRS) ; Dans les beaux quartiers, Paris,1989 ; Sociologie de la bourgeoisie, Paris, 2003 ; Châteaux et châtelains, Paris, 2005.

P. Manent, La Cité de l’homme,1994, p. 214-215.

Ibidem.

D’une doctrine indigente de la tolérance.

« Tourisme sexuel »...

Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, I, IV

Je n’ignore pas que les célébrations du 14 juillet sont censées renvoyer au 14 juillet de la Fête de la Fédération . Mais personne ne devrait être dupe de cette entourloupe tardive et frileuse qui date de la grande frousse des lendemains de la Commune de Paris. Elle ne fait que mieux signaler ce qu’elle devait dissimuler : la violence physique, la rupture de l’ordre public lors de la prise  -extrêmement meurtrière- de la Bastille, fondatrice des « droits » fondamentaux.

Ce n’est tout de même pas par hasard que la République française n’a pas choisi comme fête nationale la date de la Déclaration de 1789. Pas davantage la réunion des Etats généraux, la victoire de Valmy, ou encore l’exécution du Roi : soit aucun de ces évènements qui, pour être symboliquement très importants, fondateurs, n’en ont pas moins donné à une discipline collective sans faille l’occasion de se manifester.

M. Agulhon a si bien décrit cela à propos de Renouvier et du scandale provoqué, en 1848 par son Manuel républicain de l’homme et du citoyen (1981).

Dont le concours fut décisif le 14 juillet 1789.

Le massacre de la rue Transnonain (1837) -qu’illustra Daumier- fut provoqué par un adolescent républicain que son père avait enfermé dans sa chambre et qui était parvenu néanmoins à tirer sur la troupe.

Même si l’on peut envisager sans peine que les allocations familiales soient suspendues aux parents des Gavroche d’aujourd’hui, les Thénardier des années 2000.

Le père de Charles de Gaulle écrivait de son fils : « un garçon intelligent mais qui n’a aucun bon sens ». Y aurait-il eu du vieux Gavroche dans l’homme du 18 juin ? Le garçon de 15 ans qu’il fit Compagnon de la Libération à titre posthume n’est certainement pas mort en faisant ses devoirs.

Comme dirait Marcel Gauchet (La religion dans la démocratie).

Les intégristes de tous poils en savent quelque chose.

Un des encouragements les plus efficaces et pernicieux à cette méconnaissance consiste à proclamer que « les droits de l’homme ont triomphé ». Si c’est le cas –en dépit des apparences quotidiennes contraires-, à quoi  bon  y aller voir ?

On observera que le Conseil constitutionnel aurait pu en l’espèce se référer aussi à la Déclaration de 1789 –en vertu de sa doctrine du « bloc de constitutionnalité ». Il est symptomatique que son Président ne l’ait pas fait lorsqu’il a rappelé à l’ordre le ministre concerné.

Et vous l’avez rappelé, désobéissance et dignité humaine ont quelque rapport (Cours familier de philosophie politique, p. 318).

Et même si la réciproque ne fut pas toujours vraie.

Elle en dégoûterait plutôt : voyez Jules Vallès. Et aussi, pour s’assurer qu’il n’est pas si périmé, l’entretien du (futur) terroriste Khaled Kelkal avec un sociologue allemand.

Pas plus que le sexe, les bonnes manières, le civisme, le devoir de mémoire, la tolérance, le code de la route, etc., etc.

On peut toujours envisager d’autres méthodes que la république pour ainsi faire « passer la pilule » de la sélection et légitimer l’école dans cette tâche: on peut, par exemple, payer les élèves pour leurs bonnes notes (Bristol, Grande Bretagne, depuis 2003 dans les « public schools » avec succès et les encouragements du gouvernement).

Il est vrai, pourtant, que la république française n’est pas vraiment issue de la violence pure et simple, cette prétendue « accoucheuse des sociétés » s’est symptomatiquement instaurée le plus souvent « par la bande », ce qui est une forme de violence faite à la logique du suffrage universel.

On connaît la République de 1875, parfaitement inattendue des républicains eux-mêmes et votée par les monarchistes. Mais lorsqu’en 1792, la Convention abolit la royauté, elle ne proclame pas tout de suite la République. C’est que son projet est d’installer sur le trône le duc d’Orléans. On comprend que cet épisode assez peu glorieux ne fasse pas l’objet de commémoration, pas davantage que 1875, d’ailleurs.

Par Michel M Piquet
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